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Très Haut Débit en France

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Lancé au printemps 2013 par le gouvernement, le plan qui a été autorisé le 7 novembre dernier par la Commission européenne, vise à couvrir l’ensemble du territoire français en très haut débit[1] d’ici 2022 dont 80% en fibre. Nous sommes aujourd’hui en avance sur le calendrier fixé initialement. Mais le plan qui devait être financé par une alliance entre opérateurs privés, collectivités territoriales et l’Etat à hauteur de 20 milliards d’euros pourrait coûter beaucoup plus cher que prévu selon la Cour des Comptes.

L’éligibilité des logements français est en avance sur le programme

Au 30 septembre 2016, 15 442 000 logements étaient éligibles au très haut débit, toutes technologies confondues, soit une augmentation de 9% sur un an. Et 10 900 000 logements sont éligibles à un débit supérieur à 100Mbit/s grâce aux technologies FttH et FttLA.

Parmi ces logements, 6 950 000 sont éligibles à une offre fibre via une prise FttH[2], soit une augmentation de 39% en un an. 14% de ces prises FttH sont issues de Réseaux d’Initiatives Publiques (RIP) dont 75% déployés dans des zones moins denses.

Outre le FttH, les technologies VDSL2[3] et FttLA[4] permettent respectivement à 5 563 000 et 8 952 000 logements d’être éligibles au très haut débit. Même si ces deux technologies affichent un dynamisme moins prononcé que le FttH, avec une progressivement annuelle respectivement de 6% et 0%, elles permettent tout de même de couvrir 14,5 millions de logements, rendant le très haut débit de plus en plus accessible. La technologie HFC[5] permettant d’atteindre des débits entre 30 et 100Mbit/s est elle de plus en plus en recul (-49% sur un an). Ce recul s’explique par le fait qu’il s’agit principalement de lignes appartenant à Numericable et que cet opérateur fait évoluer petit à petit son réseau vers des lignes offrants des débits d’au moins 100 Mbit/s.

L’objectif initialement fixé par le Gouvernement de l’éligibilité de la moitié de la population en THD à fin 2017 a ainsi été atteint fin 2016, avec une année d’avance.

L’opérateur historique Orange dispose d’une avance importante sur ce marché, du fait de ses investissements massifs dans le FttH, « avec environ les trois quarts de part de marché » selon l’Arcep dans son rapport sur ses orientations futurs concernant les marchés fixes de télécommunication. Le régulateur pourrait ainsi dans les mois qui viennent obliger Orange à laisser un accès aux infrastructures afin de « permettre aux opérateurs alternatifs d’animer le marché du détail ». De manière concrète, Orange pourrait se voir imposer une obligation de vendre à ses concurrents ses capacités en fibre non utilisées ou de donner accès à la connexion aux immeubles fibrés sans barrière de prix à l’entrée. SFR quant à lui déclare disposer du « 1er parc de fibre en France avec 9.3 millions de prises au 31 décembre 2016 ». Mais la technologie employée reste dans son écrasante majorité celle du FttB[6], qui selon l’opérateur pourrait se hisser au niveau des débits actuels du FttH d’ici à 2018. Bouygues revendiquait au 1er trimestre 2016 1,6 million de prises et Free en revendiquait 2 millions en décembre 2016, tous deux accusant un retard certain sur le marché.

Certains opérateurs essaient de rattraper leurs retards grâce à d’autres technologies moins coûteuses sur le court terme. Par exemple, Bouygues Telecom a annoncé il y a deux semaines le lancement de sa box 4G qui permet aux clients couverts par la 4G d’avoir accès à l’internet fixe avec un débit moyen compris entre 30 et 40 Mbit/s via le réseau mobile.

Un nombre d’abonnements en progression mais encore faible au global

Au troisième trimestre 2016, 5 060 000 abonnements à une offre très haut débit supérieur à 100Mbit/s étaient constatés (chiffres de l’Arcep) dont 1 930 000 en fibre optique de bout en bout, 1 220 000 en terminaison en câble coaxial (FttLA) et 1 910 000 en VDSL2. Ceci représente une hausse de 32% du nombre d’abonnements en très haut débit en une année. Cependant, seulement 33% du nombre de logements éligibles au très haut débit sont effectivement abonnés. Même si ce chiffre était de 28% l’an dernier, et est donc en hausse, cela reste un taux trop faible.

Au 30 septembre 2016, 63% du parc de logements éligibles à la fibre via une offre FttH étaient mutualisés, c’est-à-dire qu’au moins deux opérateurs étaient en mesure de proposer des offres aux personnes concernées, soit 4 440 000 logements. Ceci ne représente que 29% des personnes éligibles au très haut débit. Moins d’une personne sur trois éligible au très haut débit a ainsi le choix de son opérateur s’il veut souscrire à un abonnement fibre.

Actuellement, 15.6% des internautes disposent d’un abonnement très haut débit, ce chiffre descend à 6% en ce qui concerne les abonnements à une offre fibre. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour démocratiser le très haut débit et le rendre accessible au grand public.

La Cour des Comptes pessimiste pour l’avenir du plan THD

Malgré une situation à mi étape qui peut sembler avantageuse, la Cour des Comptes dresse un constat pessimiste sur l’avenir du plan dans son rapport sur « Les réseaux fixes de haut et très haut débit » publié le 31 janvier 2017.

Si la Cour reconnaît que l’objectif de couverture de la moitié de la population a bien été atteint en avance, le chemin qui reste à parcourir est le plus compliqué puisqu’il convient désormais de couvrir les zones les moins denses. Or, la facture pour couvrir ces zones pourrait atteindre 24 milliards d’euros, soit 10 milliards de plus qu’initialement prévu. De fait, la rentabilité du réseau est plus complexe pour les opérateurs privés dans ces zones que dans les zones très denses. C’est pourquoi le système des RIP a été mis en place par le Gouvernement mais les collectivités devraient avoir à dépenser 12 milliards de plus que prévu selon la haute juridiction.

Or il y a urgence car selon la Cour : « plus d’un internaute sur cinq dispose d’un débit inférieur à 2 mégabits par seconde, tandis que 13,2 % profitent d’un débit supérieur à 20 mégabits par seconde ». Considérant qu’un débit de 10Mbit/s est suffisant pour le grand public, la juridiction recommande à l’Etat de revoir et d’actualiser le plan THD en y intégrant des alternatives au FttH (le satellite, le hertzien ou la montée en débit) comme Bouygues le fait avec sa Box 4G. Cependant, il est important de noter que l’objectif du plan THD est de préparer les infrastructures de télécommunications françaises à l’avenir d’internet. Un débit de 10 Mbit/s peut certes être suffisant aujourd’hui mais sera obsolète rapidement.

La Cour des Comptes met ainsi en lumière dans son rapport les difficultés qui attendent la deuxième partie du plan THD : le raccordement des campagnes. Même si en termes de nombre de logements restant à couvrir, le rythme de progression actuel est suffisant, un ralentissement semble inévitable. Le raccordement des campagnes passera par des appels d’offres dans les RIP, ce qui prendra du temps et plus d’argent que prévu.  L’objectif final d’une couverture nationale complète à l’horizon 2022 parait donc excessivement optimiste, même en tenant compte des mesures déjà prises et envisagées par l’ARCEP pour élargir le domaine d’applicabilité de la mutualisation des infrastructures. Une nouvelle fois, le mix technologique et la prise en compte des technologies de connexion sans fil semblent appelées à jouer un rôle important.

Le rapport de la Cour des Comptes suscite quelques réactions :

–          L’ARCEP a publié une réponse à la Cour en précisant que la fibre « est le choix de l’industrie pour répondre à l’évolution du marché et de ses besoins » , rappelant que la consommation de données a quasiment triplé ces trois dernières années et que le plan THD a pour objectif de « doter le pays de son infrastructure de communication pour les décennies à venir », ceci en accord avec les objectifs de la Commission européenne.

–          Le cabinet d’Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargé du numérique, a déclaré : « Dans les réseaux d’initiative publique, nous ne ciblions pas 80 % de fibre, mais plutôt 50 %. Nous ne partons pas non plus du principe que tout le monde va demander son raccordement à la fibre ». Elle précise également que « l’objectif d’offrir un accès Internet de plus de 30 mégabits par seconde en 2022 ».

[1] On considère qu’une connexion est du très haut débit à partir de 30Mbit/s

[2] Fiber to the Home : fibre jusqu’à la prise de l’abonné

[3] Technologie permettant l’accès au très haut débit via une paire de cuivre classique nécessitant pour le client de se situer à moins de un kilomètre du dernier amplificateur

[4] Fibre jusqu’au dernier amplificateur

[5] Technologie de fibre optique hybride impliquant un recours important au câble coaxial jusque dans le cœur de l’infrastructure de l’opérateur, en amont du dernier amplificateur situé au pied des immeubles raccordés.

[6] Fiber to the Building : le câblage en fibre s’opère jusqu’à l’immeuble avec une terminaison en câble coaxial classique jusqu’à la prise de l’abonné

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