L'édito de Philippe Bailly

Vous souhaitez recevoir l’Insight NPA ?

Opérateurs globaux, le France reste-t-elle un marché stratégique ?

Pour cette table ronde, NPA propose à trois grands acteurs du web, Alibaba, Google et Facebook de présenter leurs actions et stratégies en France.

Sébastien Badault, Managing Director – Alibaba France

Alibaba est connu essentiellement comme une entreprise e-commerce mais ses activités vont largement au-delà. La société intègre aussi des plateformes de divertissement (Weibo, un réseau social et YouKu, un site YouTube-Like) ainsi qu’une plateforme de localisation, des services de navigation web… L’écosystème du groupe est accessible à partir d’un identifiant unique, qui permet d’agréger un très grand nombre de données et représente sa vraie richesse.

Mais la véritable révolution apportée par Alibaba tient dans sa solution de paiement mobile pour laquelle les clients doivent indiquer et justifier leur identité, notamment en envoyant leur carte d’identité. En effet, en Chine, le paiement via le mobile est largement développé et intégré dans la vie de tous les jours : les consommateurs chinois peuvent tout acheter depuis leur mobile de manière simple et fluide. Le e-commerce représente en Chine 18% du commerce global contre 8 à 9% en France, alors même que seulement la moitié la population a accès à Internet en chine contre plus de 90% en France. L’objectif d’Alibaba est de toucher 2 milliards de clients à terme en fluidifiant la vie de ces clients chinois tant sur leur territoire qu’à l’extérieur de celui-ci.

Ainsi le e-commerçant ambitionne de connecter ses clients avec le maximum de marques. L’ouverture des bureaux à l’international, et notamment en France, participe de cette stratégie. En effet, il y a une forte demande de produits « made in France », « designed in France » de la part des consommateurs chinois, et si les marques les plus importantes ont déjà rejoint l’écosystème du groupe via leurs implantations en Chine, un nombre important de marques, prisées des consommateurs chinois, restent à intégrer. Le deuxième axe fort de développement de la société en France est de faciliter les voyages des clients chinois sur notre territoire. Ceux-ci ne représentent que 5% à 6% du trafic dans certains grands magasins parisiens mais jusqu’à 40% de leur chiffre d’affaires. En termes de perspectives, le tourisme connaît un fort développement en Chine, notamment les voyages en dehors du pays qui devraient s’élever à 700 Millions en 2020 (vs moins de 10M en 2001). A l’identique même si les voyage en Asie restent majoritaires, leur part tend à baisser (-14%) par rapport aux voyages vers l’Europe. Autant de signes qui amènent Alibaba à travailler avec des partenaires locaux pour faciliter les déplacements de touristes chinois.

Sur ce thème, la société, qui opère le second tour-operator chinois (Alitrip), travaille avec des partenaires locaux pour faciliter l’achat de voyages (excursions, hébergements…) mais aussi les services sur place, permettant ainsi aux touristes d’avoir des traductions ou indications dans leur langue. Alibaba a ainsi fait par  exemple un partenariat avec la SNCF pour simplifier l’achat de billets et l’accès aux informations pratiquse autour de leur voyage (gare, quai, horaires,…) dans leur langue. Alibaba souhaite de plus développer le paiement directement depuis ses services mobiles dans les magasins français afin d’éviter aux touristes d’emporter du liquide et ainsi sécuriser leur séjour.

Concernant le développement dans la vidéo, Alibaba coproduit déjà des contenus via Alipictures, mais ce développement – comme tous les autres – suit la logique de l’entreprise de « mettre ses clients au centre et de répondre au mieux à ses attentes ».

Ainsi, si Alibaba s’est tout d’abord développé sur le e-commerce BtoB, c’est aussi parce qu’à sa création c’était essentiellement les entreprise qui avaient accès à l’Internet en Chine. Avec le développement de l’accès grand public, la société a proposé des services suivant 3 grandes phases, l’accès à des produits (e-commerce), puis le tourisme et enfin le divertissement.

En effet, pour Sébastien Badault, ce qui importe pour Alibaba c’est de coller au mieux aux demandes de ses clients, le business model associé venant en second lieu.

Laurent Samama, EMEA Medias & Enterntainment Partnerships – Google

Laurent Samama présente le déploiement de Google en France à partir de 3 dates-clés : 2004 et son premier bureau parisien qui comptait moins de 10 personnes ; 2011 et le changement d’adresse, la croissance de activités et équipes en France ; et 2017, la société double sa superficie et ses effectifs en France pour atteindre plus de 1000 employés… Cette évolution démontre l’intérêt et de l’investissement de Google en France.

L’ambition de Google sur le territoire hexagonal est d’accompagner sa transformation numérique. Or, il y a un paradoxe français. En effet, par exemple, alors que plus de 80% de la population fait des achats sur Internet, seules 16% des PME vendent sur internet : la France est classée 16ème économie numérique en Europe. Il s’agit donc d’un sujet prioritaire, d’autant plus qu’on estime qu’il y a plus de 50 000 postes à pourvoir dans le numérique actuellement et qu’à horizon 2025 le numérique pourrait apporter jusqu’à 10% de PIB supplémentaire au pays  (source : Roland Berger). L’objectif de Google France est de s’assurer que la France rejoigne le peloton de tête d’ici à 2020.

Pour ce faire, Google travaille sur 3 axes :

–          Les partenariats : notamment avec les médias. Google travaille sur trois axes. Tout d’abord, augmenter l’audience, en permettant aux médias de toucher des audiences complémentaires comme c’est le cas de France Télévisions sur YouTube. Ensuite, la monétisation, en particulier des vidéos. Ainsi, Google France a réalisé avec TF1 et M6 une première mondiale pour Google en testant l’intégration dynamique de publicité pendant le direct sur les écrans autres que la TV durant l’Euro de football. Enfin, l’innovation, avec par exemple Google News Lab, une équipe dédiée pour aider les journalistes à utiliser les outils Google, dont Google trends.

–          La prise en compte de la spécificité du marché : Google met ses outils à disposition de l’ALPA (Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle) pour les aider à suivre et protéger les œuvres

–          La formation : l’ambition de Google dans ce domaine est de former 70 000 français au numérique, la société organise par exemple un « City Tour » qui va permettre d’aller à la rencontre des gens et de les former dans tous les pays.

Ainsi, pour Google, la « glocalisation » se traduit par une tension entre son objectif d’atteindre le plus grand nombre et la nécessité de prendre en compte les spécificités locales en termes d’usage, de pénétration et de culture.

Enfin, pour finir de démontrer l’importance de la France pour le Géant de Mountain View, Laurent Samama cite trois exemples :

–          Le fonds pour la Presse Google mis en place en France qui a ensuite donné lieu au Google DNI (Digital News Initiative).

–          Le Lab de l’institut Culturel de Google France, dont les recherches ont donné lieu à la création d’une application mondiale : Google Arts and Culture

–          Enfin, la priorité donnée à la France dans la commercialisation de son produit Google Home.

Patrick Walker, Director of Media Partnerships EMEA – Facebook

Le Directeur des partenariats médias de Facebook reconnaît la grande responsabilité pour le réseau, qui compte 2 milliards d’utilisateurs, de garantir sécurité et qualité des news. L’objectif de connecter le monde n’est plus suffisant : il faut réunir le monde (« bring the world together »). Cette stratégie passe par un travail avec l’industrie des médias et les journalistes, qui est au cœur du « Facebook Journalism Project ». L’approche collaborative représente « un changement de perspective important » pour le groupe américain et suit 3 axes.

Tout d’abord, le développement de produits pour les journalistes, qui aident également Facebook à améliorer ses produits grâce aux feedbacks. La monétisation est le premier sujet et Facebook a récemment multiplié les gestes à l’égard des éditeurs[1], en témoigne l’instauration d’un mécanisme de paiement testé actuellement par 10 partenaires, dont Le Parisien. De même, face aux questions de crédibilité des informations et de reconnaissance de marque, le réseau a choisi de rendre les logos des éditeurs plus visibles et d’ajouter des liens vers leur site afin que les utilisateurs sachent et se rappellent les sources des news disponibles sur Facebook.

Ensuite, la mise à disposition d’outils et de formation pour les journalistes, par exemple l’utilisation de Facebook Live, pour les aider à créer de nouvelles connections et accroître l’impact de leurs contenus. En effet, la vidéo est au cœur de la stratégie de Facebook, notamment vis-à-vis des médias. Beaucoup de développements ont lieu en France, avec BFMTV, France 2, RTL Europe1, Le Monde, etc. Patrick Walker cite le Live sur LCI-TF1 lors des élections présidentielles de mai dernier. Les médias peuvent ainsi « rapidement, de manière économique, générer de nouvelles interactions ». Le réseau travaille aussi avec des pure-players de la news vidéo, tels Brut, Explicite…

Enfin, la formation et les outils pour les utilisateurs. Facebook doit être « un lieu sûr pour s’informer » (« safe place for information »). L’entreprise de Mark Zuckerberg a développé des outils de fact-checking avec des éditeurs (dont Le Monde et l’AFP en France) pour vérifier les informations et combattre les « fake news ». Pour garantir la qualité de l’expérience de ses utilisateurs, Facebook agit également contre les contenus « appâts à clics », notamment en interdisant leur monétisation.

L’objectif de Facebook est de « connecter la France au monde et apporter le monde à la France ».
[1] Cf. Flash n°846 du 26/07/2017 et n°847 du 30/08/2017.

[three_fourth]

[/three_fourth]
[one_fourth_last]

 

[btn link=”https://insight.npaconseil.com/en-video/” color=”red” size=”size-l” target=””]Retrouvez toute la journée du Colloque NPA directement ICI[/btn]
[/one_fourth_last]

Vous êtes abonnés à l’Insight NPA ? Merci de renseigner vos identifiants pour accéder à l’ensemble de cet article.

Pas encore inscrit à l'Insight NPA ?