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Dégradation du bilan financier des chaînes gratuites en 2019 (CSA)

Avant même la crise qui les a frappées en 2020, le bilan financier des chaînes historiques a commencé à se dégrader en 2020, selon le Bilan financier des chaînes nationales gratuites pour l’année 2019 publié par le CSA vendredi 18 décembre. Si depuis 2006, le chiffre d’affaires cumulé des chaînes gratuites privées a augmenté de 17 % (soit 403 M€), cette croissance tient à l’augmentation régulière du nombre de chaînes gratuites hors historiques éditées en France (18 chaînes jusqu’en 2012, 24 entre 2013 et 2015, et 26 en 2016). L’an dernier, le chiffre d’affaires cumulé des chaînes gratuites a reculé de 1,5 % entre 2019 et 2018, perdant 86 M€ à 5,73 M€. Il est composé à 52 % de recettes publicitaires (2,97 M€), à 43 % de ressources publiques versées à France Télévisions et 4 % de recettes diverses.

Le chiffre d’affaires publicitaire affiche une baisse de 1,2 %. Ce recul est plus marqué pour les chaînes publiques (- 2 % soit – 59,8 M€), la baisse étant limitée à -0,9 % pour les chaînes gratuites privées ( soit – 26,2 M€).

Pour les seules chaînes privées, la légère érosion du chiffre d’affaires en 2019 (-1 %) intervient après 5 années de croissance. Elle est essentiellement due aux chaînes historiques TF1 et M6. En 2018, grâce aux accords de distribution passés avec les opérateurs télécoms pour rémunérer leur mise à disposition, leurs chiffres d’affaires avaient  progressé : de + 3 % pour la chaîne TF1 après 8 années de baisse consécutives et + 4 % pour M6. En 2019, elles enregistrent en 2019 une baisse de leur chiffre d’affaires de respectivement – 2 % et – 3 %, soit pour elles deux un recul de 49 M€.  Sur la période 2006-2019, elles ont perdu 20 % de leur chiffre d’affaires (- 459 M€).

A contrario, les chiffres d’affaires des chaînes de la TNT 2005 et 2012 sont toujours en hausse (+ 3 %,) de même que leurs recettes publicitaires (+ 1 % soit + 9,5 M€). Cependant leur croissance est, d’année en année, de moins en moins significative.

Détérioration des bénéfices des chaînes privées

La rentabilité du secteur s’érode. Les chaînes privées prises globalement sont moins rentables en 2019 : si leurs résultats d’exploitation (53,3 M€) et leurs résultats nets (61,7 M€) sont positifs, ceux-ci sont en diminution par rapport à 2018 (de respectivement, – 35% et – 67 %). La dégradation est principalement liée aux résultats d’exploitation des deux chaînes TF1 et M6 en recul de près de 34 M€ (-19 %) en 2019 vs 2018 . Les chaînes de la TNT réduisent leur déficit d’exploitation qui passe à -88,3 M€ en progression de 5,8 M€  : les pertes des chaînes de la TNT lancées en 2005 sont stables à -65,7 M€, celles des chaînes de 2012 ayant diminué de 5,6 M€ à -22,6 M€.

Sur le moyen terme, le secteur des chaînes gratuites privées qui affichait un bénéfice d’exploitation de 288 M€ en 2006, après un pic à 320 M€ en 2011, connaît depuis un déclin de sa rentabilité, tombant même dans le rouge en 2016 (- 82 M€), pour s’établir à 53,3 M€ en 2019.

Performances par groupe dans l’édition de chaînes gratuites : M6 affiche la meilleure rentabilité, NRJ la moins bonne

L’étude analyse les performances de chaque groupe éditeur de chaînes gratuites : France Télévisions, TF1, M6, Canal+, NextRadio TV, NRJ Group. Le taux de rentabilité (rapport entre le résultat d’exploitation et le chiffre d’affaires réalisé dans l’édition de chaînes gratuites) des 18 chaînes gratuites privées s’est dégradé d’1 point et ressort à 2 % en 2019.

En 2019, l’activité d’édition de chaînes gratuites du groupe M6 affiche la meilleure rentabilité (12 %), suivie du groupe TF1 (4 %), tandis que les trois autres groupes affichent des taux négatifs :  – 4 % pour NextRadio TV, – 36 % pour Groupe Canal+ et – 55 % pour NRJ Group.

La performance du groupe M6 tient à l’acquisition de Gulli, le CSA ayant fait l’hypothèse d’une intégration de Gulli sur une année entière. A périmètre constant (hors Gulli), le chiffre d’affaires cumulé des chaînes gratuites du groupe M6 aurait diminué de 3 %, et ses recettes publicitaires de 1 %. En effet, W9 et 6ter enregistrent chacune une détérioration de leur situation économique (baisse du chiffre d’affaires, du chiffre d’affaires publicitaire, de l’audience (sauf 6ter) et de leurs bénéfices. Toutefois, les chaînes gratuites du groupe restent largement bénéficiaires (109 M€ de résultat d’exploitation en 2019), chacune des chaînes étant excédentaires.

Les indicateurs du groupe TF1 « ne sont pas dynamiques » note le CSA. Le chiffre d’affaires cumulé des chaînes du groupe diminue (- 1 %) ainsi que le chiffre d’affaires publicitaire (- 2 %). De même, l’audience (- 1,4 %), le résultat d’exploitation (positif mais en baisse de 5 %) et le résultat net (baisse de 72 %) sont en retrait. Cette évolution est due essentiellement aux moins bonnes performances de la chaîne TF1, alors que TMC et TF1 Séries Films font figure de locomotives.

Au sein du groupe Canal+, le chiffre d’affaires des 3 chaînes gratuites  (C8 , CNew, CStar) est stable, mais elles demeurent déficitaires. C8 reste, parmi toutes les chaînes gratuites, « celle présentant le résultat d’exploitation le plus lourdement déficitaire. De plus on assiste en 2019 à une très nette dégradation de son résultat net » indique le CSA.

Les chaînes du groupe NextRadioTV ont connu en 2019 une forte croissance de leur chiffre d’affaires (+ 8 % soit + 12,1 M€), mais les bénéfices réalisés par BFM TV en 2019 ne permettent plus de compenser les pertes des deux autres chaînes gratuites éditées par ce groupe.  Le dynamisme du chiffre d’affaires vient de RMC Découverte (18 %) et RMC Story (+ 16 %), alors que le chiffre d’affaires de BFM TV n’augmente que de 1 %. Les résultats cumulés des trois chaînes éditées par NextRadioTV sont négatifs en 2019 comme en 2018 alors qu’elles étaient globalement bénéficiaires en 2017.

La dégradation des performances des chaînes du groupe NRJ tient au recul du chiffre d’affaires des chaines, et principalement celui de NRJ 12 (-14 %).

La situation de France Télévisions s’est dégradée en 2019 : son chiffre d’affaires est en diminution de 2 % (- 59,8 M€) alors que ses recettes publicitaires augmentent très légèrement (+ 1 % soit 4,8 M€). L’exercice 2019 est marqué, comme en 2018 et en 2017, par une légère diminution des ressources publiques perçues par France Télévisions (- 26 M€ soit -1 % en 2019). Elles s’établissent à 2,5 M€ soit 85 % de son chiffre d’affaires. Le résultat d’exploitation de France Télévisions SA est négatif et accuse une baisse de 23 % par rapport à 2018.

Chiffre d’affaires, chiffre d’affaires publicitaire, par groupe,
réalisés dans l’édition de chaînes gratuites en 2019

Bilan financier chaînes

Résultat d’exploitation et résultat net par groupe réalisés
dans l’édition de chaînes gratuites en 2019

Source : CSA d’après les déclarations des éditeurs. Ces tableaux contiennent des arrondis.

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