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Un Tandem pour le printemps de la production française ?

Peut-on continuer à travailler côte à côte après un divorce ? C’est sans doute avec cette question en tête, bien plus qu’en s’interrogeant sur les conditions de réalisation, que 3,9 millions de téléspectateurs de France 3 ont suivi ce mardi 29 les enquêtes du commandant Léa Soler (Astrid Veillon) et du capitaine Paul Marchal (Stéphane Blancafort) dans la nouvelle série de la chaîne publique, Tandem (DEMD / Lagardère Studios).

Tandem

Le retournement de l’habituel « conjoints à la scène comme à la ville » n’en constitue pourtant pas la seule originalité : en s’étant approprié certains des process généralement réservés à la fiction de journée – le tournage en double plateau notamment – Tandem a relevé un défi de plus en plus central pour les producteurs comme pour les dirigeants de chaîne : réduire de 25% les coûts de production, tout en préservant la valeur de production du programme, donc la satisfaction du public.

Nécessité fait loi : en 10 ans, les recettes de publicité TV ont perdu près de 15% en euros constants. Si l’on ajoute la baisse du nombre d’abonnés pour les chaînes payantes ou encore la concurrence croissante des nouvelles plates-formes OTT et des supports numériques, les chaînes sont contraintes de réviser à la baisse leurs coûts de grille, donc de réduire les montants qu’elles peuvent investir sur la fiction (-8,5% entre 2008 et 2014 d’après le CNC).

Mais produire à moindre coût, tout en préservant la qualité perçue, vise aussi à enclencher un cercle vertueux dans lequel l’effet volume – ouverture de nouvelles « cases » en 2e partie de soirée ou pendant la journée, permettant de faire progresser le nombre total d’heures de fiction commandées – répond à l’effet prix. En d’autres termes, de rompre avec ce qui est pointé, rapport après rapport, comme l’une des faiblesses endémiques de la production française (748 heures seulement produites en 2014, soit 164 de moins qu’en 2008).

Mener à bien cette ambition suppose, au-delà de nécessaires évolutions de la réglementation, de la fiscalité et de la convention collective, une remise à plat complète des processus de fabrication (organisation de l’écriture, dispositifs de préparation, de tournage et de post production, intégration de nouveaux outils et de nouvelles solutions – éclairage, tournage, montage, trucage…).

Ecrire cette nouvelle page supposera aussi d’intégrer quatre spécificités nationales qui tendent à freiner l’évolution de l’économie de la production :

  • Une très forte fragmentation des acteurs, qui limite les possibilités « d’industrialisation » de la filière. S’il ne suffit pas à lui seul, le mouvement de concentration observé au cours des dernières années, tant en France qu’au niveau européen, peut contribuer à lever certains freins (capacités plus importante, au stade de l’écriture comme de la production elle-même, permettant de travailler sur des séries plus longues, optimisation des organisations internes et des capacités de négociation avec les prestataires…).

concentration

  • La difficulté à faire évoluer les méthodes d’organisation du travail et à tirer pleinement parti des flexibilités offertes par la convention collective qui réduit les gains d’efficience sur les tournages.
  • La tendance à un traitement cloisonné et séquentiel des dimensions artistiques et économiques qui rend plus difficile l’adaptation de l’écriture au budget disponible, pour une valeur de production optimale.
  • L’intégration des innovations technologiques qui reste limitée, tant s’agissant des tournages eux-mêmes (trucage, décors virtuels…) que de l’administration de production (logiciels de gestion de l’organisation, des contrats, du casting, etc…).

Si une hirondelle ne fait pas le printemps, la performance de Tandem (15,8% de part d’audience, contre une moyenne de 12,5% pour France 3 à la même heure) démontre qu’audience ne rime pas forcément avec dépense. Stimulant !

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