BBC Trust valide le repositionnement sur Internet de la chaîne BBC Three

La BBC Trust vient de livrer ses premières conclusions quant au repositionnement sur Internet de la troisième chaîne du groupe de radio-télévision. Après une consultation publique de près de six mois, comprenant notamment des études d’impact sur le public et sur le paysage audiovisuel britannique, l’organe de contrôle de la BBC vient de donner son feu vert pour un arrêt de la diffusion linéaire de la BBC Three début 2016. Une approbation néanmoins suspendue à plusieurs conditions auxquelles l’exécutif de la BBC devra apporter des garanties d’ici le 28 juillet, date de l’ouverture d’une seconde consultation avant rendu d’un avis définitif au début de l’automne 2015.

bbc_threeConfronté à de sérieuses contraintes économiques, en raison notamment de la baisse de collecte de la redevance audiovisuelle britannique [1] et de la hausse continue des coûts de production, le premier groupe audiovisuel public mondial se trouve dans l’obligation de procéder à d’importantes coupes budgétaires. Le passage de la BBC Three d’une version linéaire à une version 100% en ligne s’inscrit pleinement dans cette démarche de réduction des coûts. Après plusieurs années de succès, bâti notamment autour d’acquisitions et de productions originales et audacieuses, la troisième chaîne du groupe est aujourd’hui en perte de vitesse et peine à maintenir ses audiences à un niveau satisfaisant. Son positionnement segmentant ne lui a pas permis d’élargir suffisamment son audience au-delà de son cœur de cible, les jeunes adultes (16-34 ans). Si les dirigeants de la BBC entendent conserver la fibre créative et innovante de la BBC Three dans les programmes, ils estiment désormais primordial pour la chaîne de toucher son public là où il se trouve, ce qui nécessite de répondre aux enjeux de la délinéarisation. D’après la BBC Trust, l’accélération de la transformation numérique de la BBC Three permettra d’assurer l’avenir de la marque en satisfaisant aux usages et attentes des jeunes générations tout en supprimant l’ensemble des coûts inhérents à la distribution. Ce mouvement devrait dégager plus de 50 M£ d’économie, avec un budget divisé par près de trois d’un exercice à l’autre (passant de 85 à 30 M£). Sur le total de la somme épargnée, 30 M£ seront toutefois réaffectés aux productions de la BBC One pour renforcer sa grille de programmes. Les 25 M£ finalement économisés semblent quant à eux insuffisants au regard de l’objectif évoqué début 2015 par Tony Hall, Directeur général de la BBC, à savoir 100 M£. Un objectif imposé par le plan d’économie global du groupe (Delivering Quality First) de 800 M£ sur la période 2010-2017[2].

Si la BBC Three est amenée à disparaître comme chaîne de destination, elle conservera en revanche son entité et servira de label pour une partie de la production du groupe de service public. Ses 30 M£ de budget seront ainsi destinés à la production de comédies, fictions et documentaires. La BBC Three devra maintenir sa ligne éditoriale, créative et originale, sur laquelle elle a bâti son succès auprès du jeune public britannique avec un positionnement distinctif (signature « Never afraid to try new things »). Les acquisitions de séries internationales, qui constituent quelques-uns des programmes phares de la chaîne (Family Guy, Bad Education), ne seront quant à elles plus une priorité.

Le service de télévision en ligne sera directement accessible via le iPlayer, la plate-forme de vidéo à la demande de la BBC. Si les choix opérés par la BBC sont avant tout motivés par des impératifs économiques, le passage de la BBC Three au tout numérique s’inscrit en parfaite cohérence avec la stratégie digitale du groupe. L’un des principaux enjeux sera en effet de renforcer le pouvoir d’attraction du iPlayer en lui adossant une unité de production innovante pour le développement de formats inédits et exclusifs, adaptés aux nouveaux usages et habitudes de consommation sur le digital. Le repositionnement de la BBC Three sur le Net devra ainsi permettre d’élargir l’audience de la plate-forme qui, malgré un succès certain avec plus de 220 millions de programmes TV consommés chaque mois en moyenne[3], est encore insuffisante pour concurrencer l’audience linéaire des chaînes du groupe. L’idée est également de booster l’engagement du public avec une nouvelle offre de dispositifs innovants, sous la marque ombrelle « BBC Three », sur l’ensemble des plates-formes qu’il fréquente (YouTube, Twitter, Facebook, Instagram, BuzzFeed…).

Les conclusions de la BBC Trust sont toutefois provisoires. Elles restent suspendues à trois conditions auxquelles les dirigeants du groupe devront fournir des garanties avant le 28 juillet, date à partir de laquelle l’organe de contrôle du groupe procédera à de nouvelles auditions avant de rendre un avis définitif au début de l’automne prochain. Les conditions requises à un passage 100% en ligne de la chaîne de télévision publique sont les suivantes :

  • les téléspectateurs devront être informés de ce changement. Une période de co-diffusion TV/Internet, d’une durée qui reste à déterminer, devra en outre précéder l’arrêt de la diffusion linéaire afin de faciliter la transition d’un média à l’autre,
  • les formats longs de la BBC Three devront être repris par la BBC One et/ou la BBC Two, de sorte à leur offrir la meilleure exposition possible,
  • la BBC Three devra poursuivre sa mission de création, originale et expérimentale, à travers la production de nouveaux formats, de nouvelles formes de narration et la découverte de nouveaux talents.

Malgré les précautions du groupe public assurant que le passage sur Internet de la BBC Three ne signifie pas la disparition pure et simple de la chaîne, le sort qui lui est réservé continue de susciter de nombreuses réactions outre-Manche, côté téléspectateurs (pétition avec près de 300 000 signatures) comme côté artistes. De Daniel Radcliffe (Harry Potter) à Lena Headey (Game of Thrones), plus de 750 personnalités britanniques ont ainsi manifesté leur désaccord en adressant une lettre à Rona Fairhead, directrice de la BBC Trust, pour convaincre l’organe décisionnel du groupe de service public de revoir sa position et de maintenir la diffusion linéaire de la chaîne TV. Un choix qui pourrait concerner prochainement une autre chaîne du groupe, BBC News, spécialisée dans l’information en continu, dont un repositionnement sur Internet est évoqué avec de plus en plus d’insistance du côté de l’exécutif de la BBC. Là encore, le recul des audiences de TV linéaire, concurrencées par l’émergence de nouveaux modes de consommation de l’information, notamment via les réseaux sociaux, et les obligations de réduction de coûts de la BBC, rendent cette option de plus en plus vraisemblable.

Pour aller plus loin : Provisional conclusions on proposed changes to BBC television and online services 1 & 2

[1] Baisse de collecte de la redevance audiovisuelle en raison de son gel pour une période de 7 ans (dans le cadre de la politique d’austérité du gouvernement Cameron) et, en parallèle, de la diminution du nombre de foyers équipés TV liée à la montée des usages en ligne et de la consommation sur appareils mobiles

[2] Le 2 juillet 2015, la BBC a annoncé la suppression de plus de 1 000 emplois, essentiellement des postes de management, dans un souci d’économie et de simplification du nombre de départements et d’échelons hiérarchiques. Une nouvelle vague de licenciements qui s’inscrit dans le plan DQF du groupe à horizon 2017 et qui repose également sur la réduction de coûts administratifs, la vente de biens immobiliers ou encore la cessions de droits, notamment sportifs

[3] BBC iPlayer – Monthly Performance Pack – May 2015