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Le lancement du Blu-ray 4K UHD peut-il endiguer la chute des ventes physiques ?

Présenté lors du CES, le Blu-ray 4K Ultra HD devrait faire son apparition sur le marché au printemps. Maintes fois reporté, le nouveau format semble fin prêt pour conquérir le public. Studios et fabricants ont ainsi multiplié les annonces lors du CES. L’objectif est de redynamiser des ventes physiques en perte de vitesse.

La promesse d’une expérience inégalée

Dix ans après le lancement de la première génération de Blu-ray – et avec quelques mois de retard sur son calendrier initial – le « Blu-ray 4K Ultra HD » devrait faire son arrivée sur le marché à la fin du premier trimestre 2016[1]. Il s’appuie sur les spécifications retenues par la BDA (Blu-ray Disc Association) courant 2015 : le recours aux technologies 4K (définition de 3840 par 2160 pixels), HDR (plage de couleurs étendue avec des pics de luminosité et des contrastes clairs/obscurs plus intenses) et HFR (cadence d’affichage de 60 images par seconde). Et promet une qualité d’image inédite avec entre autres un effet d’immersion incomparable.

2016 sera à n’en pas douter l’année de la démocratisation de l’Ultra HD. C’est en tout cas le pari des fabricants. Après avoir investis les rayons des grandes surfaces et magasins spécialisés de leurs gammes de téléviseurs UHD, les grands noms de l’électronique ont dévoilé leurs premiers modèles de lecteurs Blu-ray compatibles lors du dernier CES. Panasonic et Samsung ont ainsi officialisé le lancement de leurs produits pour la première partie de l’année 2016. Le lecteur 4K UHD de la firme sud-coréenne est même dès à présent disponible en pré-commande sur son site.

Le soutien d’Hollywood dès le démarrage

aLa commercialisation des premières platines compatibles UHD ouvre naturellement la voie à l’arrivée de disques dans les linéaires. S’il avait fallu un peu de temps avant de fédérer l’ensemble de l’industrie autour des formats DVD et Blu-ray HD, les majors ont cette fois-ci répondu présent dès le début de l’aventure. Trois d’entre elles (Fox, Sony Pictures et Warner) ont déjà fait connaître leur line-up 4K UHD pour 2016. Il s’agit principalement de films spectaculaires visant à mettre en valeur les bénéfices du nouveau format (Les 4 Fantastiques, Mad Max Fury Road, Man of Steel, Seul sur Mars, The Amazing Spider-Man 2, X-men – Days of Future Past…). Au total une centaine d’œuvres devraient être proposées à la vente d’ici la fin d’année et exploitera la technologie HDR. Certaines bénéficieront même d’une piste audio en Dolby Atmos. Le studio indépendant Lionsgate a lui aussi publié la liste de ses premières sorties Blu-ray 4K UHD en début de semaine[2]. Disney, Paramount et Universal Pictures n’ont quant à eux pas communiqué de date.

Pour se distinguer de son prédécesseur, le Blu-ray 4K UHD disposera d’une nouvelle charte graphique. Fini le bleu, place à une lisière noire avec un lettrage argenté « 4K Ultra HD » en relief. Les boitiers devraient conserver une dimension identique à celle des Blu-ray HD et 3D. Si les œuvres devraient être commercialisées en éditions simples, elles seront également proposées sous forme de « combos » contenant les deux supports (Blu-ray 4K UHD + Blu-ray HD) pour inciter les consommateurs à franchir le pas.

Une barrière du prix non négligeable

Problème de taille, les acheteurs potentiels devront prévoir de se rééquiper intégralement en appareils de lecture compatibles. Cela nécessitera l’acquisition d’une nouvelle platine, les actuelles ne pouvant lire les disques UHD, et d’un téléviseur Ultra HD disposant d’une entrée HDMI 2.0a (pour supporter le HDR).

Le lecteur Blu-ray présenté par Samsung au CES est disponible en pré-commande au tarif préférentiel (constructeur) de 370€ (460€ chez les revendeurs). Un prix cinq fois supérieur aux platines d’entrée de gamme classiques (proportionnellement moins élevé qu’au lancement du Blu-ray il y a 10 ans) mais qui se veut toutefois agressif comparé au premier modèle commercialisé par Panasonic en novembre dernier au Japon (> 3 000€). La BDA a précisé que les platines 4K UHD seront rétro-compatibles, acceptant ainsi les formats Blu-ray et DVD. Ces lecteurs de nouvelle génération fonctionneront également avec les téléviseurs Full HD, l’image s’adaptant automatiquement au standard de l’écran de l’utilisateur. A la différence de son prédécesseur, le Blu-ray 4K UHD ne bénéficiera pas de l’appui des consoles de salon, présentes dans près d’un foyer français sur deux[3], dont plusieurs modèles sont équipés d’un lecteur Blu-ray HD voire 3D (Playstation et Xbox).

Disponibles depuis l’été 2013, les téléviseurs UHD sont aujourd’hui accessibles en entrée de gamme entre 600 et 800€ selon les marques. En revanche, seuls les modèles haut de gamme sont à ce jour compatibles HDR, permettant de profiter pleinement de l’expérience en très haute définition (compter plus de 2 000€). La généralisation de la technologie HDR aux écrans de milieu de gamme semble encore prématurée et restreint l’Ultra HD à un marché de niche, tout du moins dans un premier temps.

Les premiers longs-métrages 4K UHD dévoilés par la Fox et disponibles en pré-commande sur Amazon sont affichés au tarif de 35,99$ (tous en combos Blu-ray 4K + HD), soit près de 10$ au-dessus d’un combo classique Blu-ray HD + DVD.

Streaming 4K : menace ou opportunité ?

L’autre problème majeur auquel se confronte le Blu-ray 4K UHD réside dans la profonde modification des usages vidéo. Ralenties par la crise économique, affaiblies par le piratage massif et confrontées à la multiplication des nouvelles sources de distribution audiovisuelle, les ventes de supports physiques semblent engluées dans une spirale négative entamée il y a maintenant plus de dix ans (21,2 Mrds $ de CA en 2004, 9,2 en 2015). Un constat une nouvelle fois réalisé fin 2015 avec des revenus en recul de 12% aux États-Unis[4]. Dans le même temps, les recettes issues des formats dématérialisés (SVOD, EST, VOD) poursuivaient leur dynamique de croissance avec une progression de +16% et un chiffre d’affaires quasi équivalent à celui généré par les ventes de DVD et Blu-ray (8,9 Mrds $).

Simple équilibrage des forces ou véritable passation de pouvoir ? La consommation numérique, portée par le modèle de la vidéo par abonnement, tend à rendre de plus en plus obsolète l’achat de disques à mesure que les années passent. Reste que si la vidéo à la demande présente de nombreux bénéfices consommateur, son usage ne convient pas à tous. Une réalité d’autant plus évidente dès lors qu’il s’agit de très haute résolution, un territoire rapidement investi par les leaders mondiaux du streaming (Netflix, Amazon, YouTube), particulièrement gourmand en bande passante. L’Ultra HD se confronte fatalement à des problèmes de qualité de connexion, l’utilisateur devant disposer a minima d’un débit supérieur à 25 Mbps pour assurer le 2160p (contre 5 Mbps pour la HD et 3 Mbps pour la SD). Un chiffre à mettre en parallèle avec le débit Internet mondial, estimé en moyenne à 5 Mbps pour les accès fixes[5] en 2015 (7,5 Mbps en France) et avec de très fortes disparités selon les zones. Une barrière technologique qui offre un temps d’avance au Blu-ray 4K UHD pour séduire les amateurs de cinéma et séries TV à très haute résolution.

aSi l’engouement des fabricants pour l’UHD venait effectivement à trouver un écho favorable auprès des consommateurs, le Blu-ray 4K pourrait alors s’offrir un avenir prometteur. Sans doute insuffisant pour stopper la chute des ventes physiques mais au moins pour la ralentir. Malgré l’essor du streaming outre-Atlantique, 44% des foyers américains disposent d’un lecteur Blu-ray. Plus de 5 millions étaient équipés d’un téléviseur UHD fin 2015. Une pénétration inférieure à 5% mais qui pourrait doubler en 2016 (10%) et atteindre plus de 45% à l’horizon 2020[6].

Le format Blu-ray 4K UHD pourra en outre compter sur l’appui des studios hollywoodiens qui voient en lui une source de revenus autrement plus conséquente que le modèle SVOD qui ne leur concède que de faibles marges. Autre atout de nature à faciliter l’adoption du nouveau format par le grand public, la mise en place d’une « passerelle numérique » réconciliant univers dématérialisé et physique (à l’image d’UltraViolet). Nommée « Vidity », cette nouvelle solution permettra aux détenteurs d’un disque Blu-ray 4K UHD d’activer et de stocker (DRM spécifique) sa copie numérique, elle aussi en très haute résolution, sur l’ensemble des écrans. Une fonctionnalité qui, comme UV avant elle, sera confrontée à un indispensable travail de pédagogie et une facilité d’utilisation sans quoi le succès pourrait ne pas être au rendez-vous.

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[1] http://hd-report.com/2016/01/12/4k-ultra-hd-blu-ray-titles-from-fox-show-up-on-amazon/#.VpVQu5xONZU.twitter

[2] http://variety.com/2016/digital/news/lionsgate-joins-4k-ultra-hd-movement-with-expendables-3-enders-game-more-1201678048/

[3] CNC : Le marché du jeu vidéo en 2014

[4] DEG : Year End 2015 Home Entertainment Report

[5] Akamai : State of the Internet Report – 2015

[6] Strategy Analytics : UHD TV Displays – Global Market Forecast

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