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USA : 4 milliards d’investissements pour le développement des voitures autonomes

L’administration Américaine a annoncé lors du salon de l’automobile de Détroit un plan d’investissement échelonné sur 10 ans visant à sountenir le développement des systèmes de conduite autonome. Ce plan prévoit la mise en place d’une régulation spécifique pour accélérer les phases d’expérimentation.  

Une feuille de route qui se précise

La course de vitesse s’intesifie entre les constructeurs automobiles et les géants du numérique qui commencent à dévoiler leurs feuilles de route respectives. L’autonomie complète des véhicules ne sera pas réalisée subitement mais passera par un développement graduel qui se précise. Les différents systèmes d’assistance à la conduite vont maintenant se développer rapidement.

– en 2016, le pilotage automatique sur autoroute sans changement de file sera la première fonctionnalité autonome disponible. Les véhicules pourront gérer seuls une circulation dense sur voie rapide avec des séquences en accordéon. Le stationnement autonome des véhicules sera également une des premières fonctionnalités disponibles.

en 2017, des voitures autonomes dotées d’une fonctionnalité de pilotage automatique dans les bouchons devraient être commercialisées.

En 2018, les véhicules équipés d’un pilotage automatique sur autoroute avec changement de file (analyse de l’environnement immédiat du véhicule) feront leur apparition.

2020-2030, au cours de la prochaine décennie, les constructeurs finaliseront des véhicules dotés d’un pilotage automatique en ville, ouvrant ainsi la voie aux véhicules totalement autonomes nécessitant l’analyse des environnements les plus complexes avec prise en compte des piétons et des cyclistes, et capables d’appréhender des conditions météos difficiles. D’ici là, les coûts des technologies auront largement diminué.

Une accélération liée aux avancées des nouveaux entrants : Google, Apple et Tesla…

Précurseur sur ce marché, la Google Car présentée en 2010 est devenue le symbole de la conduite autonome, notamment grâce à un positionnement avant-gardiste et à une communication supérieure à celle des constructeurs automobile. Le géant de Moutain View a dévoilé début janvier les derniers tests statistiques de ses essais sur une période de 14 mois (les Google Car ont été testées sur le routes de Californie et du Texas). Le rapport montre des progrés significatifs sur la réduction du nombre d’incidents par kilomètre parcouru, avec une intervention humaine de moins en moins sollicitée. Le rapport constate ainsi 272 incidents ou anomalies logicielles nécessitant une intervention humaine au cours des 676 000 kilomètres parcourus. Sur ces incidents, le conducteur a dû reprendre la main à 69 reprises pour des raisons de sécurité. A 13 reprises l’intervention a été nécessaire pour éviter une collision. La responsabilité de la Google Car est engagée 10 fois. Ces statistiques démontrent un net progrès. En effet, le nombre de désengagements a largement diminué sur la période étudiée : sur le Q4 2014, le conducteur devait reprendre en main le véhicule tous les 1253km contre 8858km au Q4 2015. Le président de Daimler (Mercedes-Benz) s’est d’ailleurs étonné de la rapidité des progrès réalisés par Google. Il n’en reste pas moins qu’il faudra des résultats encore plus probants pour convaincre le régulateur et les conducteurs. De plus, Google, qui ne souhaite pas devenir constructeur automobile, peine encore à trouver des partenaires pour pénétrer le marché.

Alors même que le responsable de l’activité vient de démissioner chez Apple, le projet de voiture électrique « Titan » (un véhicule qui devrait aussi être autonome) reste toujours aussi mystérieux. Pourtant les ambitions d’Apple ne semblent pas faiblir comme le montre la guerre sans merci engagée avec Tesla pour le recrutement d’ingénieurs spécialisés. Près de 1000 personnes travailleraient sur le projet Titan et Apple offrirait 250 000$ aux employés de Tesla qui acceptent de rejoindre Cupertino.

Tesla Motors est aujourd’hui considéré comme un des acteurs le plus en avance sur le marché de la voiture autonome. Son patron emblématique Elon Musk prévoit une autonomie complète de sa flotte de véhicules dès 2018. Le constructeur, qui refuse toujours de participer au selon de Detroit, fait donc partie des plus optimistes. L’américain a déjà prouvé qu’il pouvait proposer rapidement son système d’aide à la conduite « Auto Pilot » sur ses « Tesla S » et, malgré de nombreuses imperfections soulevées par les testeurs, c’est un premier pas encourageant et une des premières solutions concrètes effectivement commercialisées.

Ces trois acteurs tirent le marché et poussent les constructeurs et les pouvoirs publics à accélérer, tant du point de vue législatif qu’au niveau de la politique industrielle. Mais toutes les annonces faites par les géants du numérique seront difficiles à tenir, notamment sur les échéances. Certaines études ne prévoient pas de maturité du marché de la voiture autonome avant au mieux 2045…

…Qui poussent les constructeurs historiques à s’organiser

Les constructeurs historiques souhaitent à leur tour accélérer le développement des véhicules autonomes avec une augmentation du nombre de brevets déposés autour des différentes technologies. Un rapport récent de Thomson Reuters analysant le nombre de brevets déposés conclut même à une avance prise par les industriels sur les entreprises de technologie. Toyota apparaît comme le leader mondial des brevets sur les voitures autonomes, suivi par Bosch, Denso, Hyundai Motor et General Motors. Google Alphabet est 26ème sur la liste de Thomson Reuters. Quoi qu’il en soit il fait peu de doutes que l’on assiste à une coopération de plus en plus poussée entre les deux industries qui disposent de brevets complémentaires. La conduite autonome représente en effet une innovation nécessitant des compétences multiples (expertise technologique dans l’intelligence embarquée mais aussi dans le Big Data et la gestion de plates-formes cloud très évolutives[1]).

Les constructeurs Américains

Le salon de Détroit a été l’occasion pour l’administration Américaine d’annoncer son plan d’investissements sur 10 ans qui prévoit notamment une réglementation nationale et non plus Etat par Etat comme c’est le cas actuellement. La réglementation actuelle est fortement contestée outre-atlantique où les géants du web dénoncent un lobbying féroce des constructeurs historiques qui tenteraient de brider l’innovation afin de ne pas être dépassés. En effet, la loi en vigueur prévoit dans la plupart des états l’interdiction de circulation d’une voiture autonome, sauf présence d’un conducteur qui possède le permis à l’intérieur du véhicule.

Mais les Etats-Unis restent néanmoins un territoire privilégié pour les expérimentations, comme le montre la ville fantôme financée par Ford, GM, Toyota, Honda et Nissan. Cette ville factice de 13 hectares construite sur le campus de l’université du Michingan est peuplée de robots humanoides et permet aux constructeurs traditionnels de tester leurs véhicules. Le constructeur Ford, qui possède un des plus grands centres de recherche de la Silicon Valley, est un des acteurs phare de cette révolution technologique et continue les tests de ses véhicules, notamment dans des conditions difficiles (tests sur routes enneigées). Alors que les rumeurs d’un partenariat stratégique avec Google s’intensifiaient avant le CES, Ford a visiblement écarté cette option en présentant sa propre feuille de route. Début Janvier, l’autre géant Américain Général Motors a investit près de 500M$ dans la société Lyft, concurrent d’Uber et leader du covoiturage (la voiture autonome collective est également un marché à très fort potentiel). L’objectif de ce joint-venture est de s’appuyer sur l’expertise technique de GM et l’expertise logicielle de Lyft.

Les constructeurs Français 

Le franco-japonais Renault-Nissan a présenté récemment sa feuille de route et proposera sa technologie (disponible en option) progressivement sur une dizaine de voitures grand public à des prix abordables dans les 5 prochaines années. Les prémices de la conduite autonome arriveront dès 2016 avec la commercialisation des premiers véhicules équipés du système « maintien dans une file ». Une fonctionnalité qui permettra à la voiture de contrôler automatiquement sa position sur une voie, sur autoroute et dans les embouteillages. Deux ans plus tard, les systèmes dôtés du changement de file feront leurs apparitions. Enfin, 2020 sera l’année du lancement du « mode de gestion autonome des intersections ». La voiture pourra alors appréhender les intersections en ville sans intervention du conducteur. L’autre grand acteur Français PSA Peugeot Citroen a fait partie des premiers constructeurs à bénéficier d’autorisations pour tester ses véhicules sur les autoroutes. Le constructeur a annoncé que la berline qui succéderait à la 508 en 2018 serait dotée d’un pilote automatique pouvant prendre le relais du conducteur dans les embouteillages. Chez Citroën, un prototype C4 Picasso autonome a prouvé ses capacités en roulant quelques milliers de kilomètres sur les routes françaises et européennes sans causer d’accidents (Paris-Bordeaux en octobre et Paris-Madrid en novembre). Le constructeur compte faire circuler une quinzaine de prototypes courant 2016 et prévoit la commercialisation de véhicules autonomes en 2020.

Les autres grands constructeurs Européens

Tous les constructeurs Allemands (Audi, BMW, Mercedes,Volkswagen) se sont déjà associés pour le rachat du système de cartographie de Nokia « Here » afin de s’affranchir des services de Google Maps et tous ont obtenu des autorisations pour tester leurs véhicules autonomes sur les routes. Le Ministre des Transports allemand est d’ailleurs très optimiste et déclarait au début du mois que les modèles autonomes seraient prêts d’ici la fin de la décénnie, rappellant ainsi la volonté de l’Allemagne de jouer un rôle de premier plan sur ce segment. Mercedes vient de recevoir sa licence d’essai pour tester un nouveau modèle (Classe E) au Nevada et BMW a présenté pour ses 100 ans sa série 7, premier modèle autonome.

Les constructeurs Asiatiques

Les constructeurs japonais sont également très actifs. Toyota, qui détient donc le nombre de brevets le plus important sur la voiture autonome teste déjà ses véhicules sur routes ouvertes avec les deux autres grands constructeurs : Nissan et Honda. Les trois prévoient de lancer les premiers modèles en 2020 pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Toyota a également crée des centres de recherches sur l’AI avec le MIT et Stanford pour perfectionner son système de conduite. Parmi les challengers du continent on retrouve le Google Chinois « Baidu » qui a noué un partenariat avec BMW et teste des prototypes sur les routes de Pékin. Le géant du web profite de ses technologies d’intelligence artificielle et de machine learning dans lesquelles il a beaucoup investi. Le coréen Hyundai, plus discret a annoncé avoir déjà parcouru 16 000km depuis le mois de novembre 2014 avec son Tucson Fuel cell.

Malgré l’accélération des recherches et des expérimentations, l’autonomie des véhicules devra s’accompagner d’un lourd travail législatif pour répondre notamment à la question cruciale de la responsabilité en cas d’accident. L’Europe accuse un retard sur les Etats-Unis au niveau législatif. Pour l’instant c’est la convention de Vienne (1968) qui interdit de faire rouler des véhicules sans conducteur qui s’applique. En France, la loi sur la transition énergétique adoptée l’été dernier inclut ainsi un paragraphe sur les tests en conditions réelles des voitures autonomes avec un conducteur présent à bord. Ces tests doivent être soumis à l’approbation des autorités locales (comme à Versailles). Aux Etats-Unis, même si les choses devraient évoluer rapidement, chaque état (5 pour l’instant) définit son cadre juridique et pour l’heure, la loi la plus avancée est celle du Nevada qui prévoit une autorisation des expérimentations à condition que l’expérimentateur possède une assurance de 5M$ et que la voiture connaisse le code de la route…

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[1] Se référer au Flash 754

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