Brexit

L’industrie créative britannique fortement dépendante de l’Europe

A. Le poids des industries créatives dans l’économie britannique

Les industries créatives au sens large (1) constituent un des fleurons de l’économie britannique. Selon le Ministère de la Culture, des Médias et des Sports (2), ce secteur d’activité a généré en 2014 une valeur ajoutée brute (3) de 84,1 milliards de livres, soit 5,2% du total généré par l’ensemble de l’économie britannique. Le secteur a en outre enregistré au cours de la dernière décennie une croissance beaucoup plus forte que la moyenne avec +37,5% en valeur entre 2008 et 2014 contre seulement +18,2% pour l’économie britannique dans son ensemble. Les industries créatives sont également un secteur très bien positionné à l’exportation avec une valeur ajoutée brute de 19,8 milliards de livres générée 2014 soit 9% des exportations totales du Royaume-Uni. Les industries créatives britanniques employaient 1,86 million de personnes en 2015 (4).

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1. Le secteur audiovisuel

L’industrie audiovisuelle (5) représentait en 2014 13% des revenus de l’ensemble du secteur créatif britannique, soit une valeur ajoutée de 10,8 milliards de livres selon le Ministère de la Culture, des Médias et des Sports. La valeur générée par le secteur audiovisuel a augmenté de 31% entre 2008 et 2014 et de 13,7% pour la seule année 2014. Le secteur est également très exportateur puisqu’avec une valeur ajoutée à l’exportation de 4,72 milliards de livres en 2014 (6), il représentait 24% des exportations des industries créatives et 2,1% de la valeur totale des exportations britanniques. L’Europe constitue de loin le premier débouché pour ces exportations avec 56,8% de leur valeur totale. L’Amérique est le deuxième marché à l’export avec 30,8%. Si l’on raisonne par pays la France est le deuxième marché d’exportation des produits audiovisuels britanniques derrière les Etats-Unis avec 3,7% de la valeur du marché (7). La valeur des exportations britanniques dans le secteur audiovisuel a progressé de 23,4% depuis 2009.

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En 2015, le secteur audiovisuel employait 231 000 personnes en Grande-Bretagne soit 20 000 de plus qu’en 2011.

2. L’industrie cinématographique

Le montant des investissements effectués dans la production de films a atteint 1,41 milliard de livres en 2015 au Royaume-Uni (9). Au total, 203 films ont été produits dont 30 co-productions et 47 films produits par des sociétés étrangères. En revanche, en valeur, la production britannique est très dépendante des studios américains dont les investissements ont représenté 83% des montants investis dans la production de films en 2015. Une situation liée au prix des films des studios puisque les 15 plus gros budgets (30 millions de Livres et plus) ont représenté 73% du total des sommes investies dans la production britannique. Si la production de films américains sur le sol britannique venait à s’interrompre, il s’agirait d’un coup dur pour l’industrie outre-manche. A contrario, étant donné les montants investis par les studios, si les pays d’Europe continental réussissaient à n’en détourner qu’une partie à leur profit, leur production en serait assurément dynamisée.
Evolution (2000-2015) des capitaux investis dans la production de films en Grande-Bretagne par origine (en millions £)

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En 2014, le marché britannique du film a généré des revenus de 3,83 milliards de livres, soit une baisse de 5,3% par rapport à 2013 (10). Les films britanniques représentaient seulement 27% de ce total, soit 289 millions de livres. Le Royaume-Uni constituait toujours en 2014, le deuxième marché du cinéma mondial avec 7,6% des revenus mondiaux, derrière les Etats-Unis mais devant le Japon et la Chine (11). L’ensemble des pays d’Europe de l’Ouest représente à titre de comparaison 18,2% des revenus mondiaux du cinéma. Le BFI prévoit cependant que le marché britannique soit devancé par le marché chinois en termes de revenus d’ici à 2019, où il ne représentera plus que 6,8% des revenus mondiaux contre 9,5% pour la Chine.

En 2015, les seules entrées en salle ont généré 1,23 milliard de livres pour 759 films sortis (12). Les films américains sont ultra-dominants sur ce marché puisqu’ils ont représenté 28,7% des films et 51% des recettes contre 27,6% des films et 44% des recettes pour les britanniques. Le marché britannique est donc un marché mineur pour les films européens (hors Grande-Bretagne) si l’on s’en tient aux recettes en salles. Les 209 films européens distribués en 2015 ont généré seulement 2,4% des revenus du box-office sur l’année.

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Les films britanniques génèrent cependant d’importants revenus à l’exportation (13). En effet, en 2013, ils ont récolté 4,1 milliards de dollars dans le monde, soit 11,4% des recettes globales pour le cinéma. Cependant, les films de studios américains tournés au Royaume-Uni représentent la majorité de ces revenus internationaux puisqu’ils représentaient 85% des recettes des films britanniques dans le monde contre seulement 15% pour les films britanniques indépendants. Ce ratio peut être problématique car s’il dénote l’attractivité du Royaume-Uni pour les producteurs américains, il montre aussi que si les investissements des studios étaient amenés à baisser à cause du changement de cadre réglementaire, alors les recettes de l’industrie cinématographique britannique pourraient également s’effondrer.

3. L’industrie télévisuelle

Selon l’Ofcom (14), le total des revenus du secteur des communications (intégrant les secteurs des télécommunications, de la télévision, des postes et de la radio) atteignait 1 190 milliards de livres au Royaume-Uni en 2014, en croissance de 1,5% sur un an. Mais c’est l’industrie de la télévision qui a connu la plus forte croissance en termes de chiffre d’affaires avec une hausse de 12 milliards £ (+5%) en 2014 pour s’établir à 244 milliards £ (publicité TV à hauteur de 40%, abonnements TV pour 51% et redevance audiovisuelle pour 9%).

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En termes de revenus, le secteur de l’industrie TV britannique représente le deuxième marché en Europe, derrière l’Allemagne mais devant la France, l’Italie et l’Espagne.

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En 2014, les recettes de l’industrie de la télévision britannique générées par l’exportation (les ventes à l’international des programmes de télévision) se sont établies à 1,2 milliard de livres confirmant la popularité des programmes du Royaume-Uni à l’étranger. Le montant des exportations a plus que doublé entre 2005 (494 M£) et 2014. Selon Pact (association professionnelle des producteurs britanniques), la croissance a été en grande partie tirée par des changements réglementaires qui permettent désormais aux producteurs indépendants de négocier et de vendre des droits secondaires sur leurs programmes, y compris les droits de distribution en dehors du Royaume-Uni. De fait, sur le montant total des exportations, ce sont les ventes de programmes TV finis qui représentent le segment le plus important avec 689 M£, loin devant les droits numériques (140 M£), les préachats (142 M£) ou les DVD (81 M£).

En termes de marché à l’exportation privilégié, ce sont les Etats-Unis qui permettent de générer les revenus les plus importants avec des ventes s’élevant à 471 M£ soit 39% du total. L’Europe est le deuxième marché avec 31% du total en 2014 (376 M$). En revanche, sur le segment phare des programmes TV uniquement, le marché européen reste le premier débouché pour l’industrie britannique. Il est donc évident que la sortie des programmes TV britanniques des quotas de diffusion européen dans le cadre de la directive SMA risque d’avoir un impact important.

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Le secteur de la musique et du spectacle

L’industrie de la musique et du spectacle représentait 6,4% des revenus du secteur créatif britannique en 2014 soit une valeur ajoutée de 5,4 milliards de livres, en hausse de 45% depuis 2008.
La valeur des exportations du secteur est plus faible que pour l’audiovisuel avec 644 millions de livres en 2014 soit 3,2% des exportations du secteur de l’industrie créative. L’Europe constitue de loin le premier débouché pour ces exportations avec 56% de la valeur totale. Les Etats-Unis sont le deuxième marché à l’export avec 27% du total. En 2015, le secteur employait 286 000 personnes soit 73 000 de plus qu’en 2011.

(1) Dans ces statistiques le Ministère de la Culture, des Médias et des Sports considère que les industries créatives rassemblent les secteurs de la publicité, de l’architecture, du design, du cinéma, de la télévision, de la radio, de la photographie, de l’informatique, du logiciel, de l’édition, de la musique et du spectacle.
(2) Department for Culture, Media and Sport – Creative Industries Economic Estimates – January 2016
(3) La valeur ajoutée brute est l’unité de mesure utilisée par les statistiques officielles des ministères britanniques. Elle est très proche du PIB sauf qu’à sa différence elle comptabilise les taxes mais ne comptabilise pas les subventions.
(4) Department for Culture, Media and Sport – Creative Industries: Focus on Employment- June 2016
(5) Pour le Ministère de la culture et des médias britanniques ce secteur recoupe le cinéma, la TV, la vidéo, la radio et la photographie
(6) Les données d’exportations proviennent du rapport du Creative Industries: Focus on Exports of Services de Juin 2016
(7) Les statistiques officielles ne donnent pas de détails sur l’ensemble des pays européens mais seulement sur les principaux marchés à l’exportation. La part de l’Union Européenne doit cependant être très importante puisque les marchés allemand et français combinés représentent déjà 7% de la valeur totale des exportations britanniques dans le secteur du film, de la TV et de la radio
(8) Ces chiffres correspondent au montant d’exportations de services des secteurs le cinéma, la TV, la vidéo, la radio et la photographie. Ils ne comprennent pas les montants d’exportation de biens mais ces derniers sont négligeables puisque l’audiovisuel est un secteur essentiellement immatériel
(9) BFI, Screen Sector Production 2015
(10) BFI, The UK Film Market as a Whole – Décembre 2015. Calculé en valeur ajoutée brut
(11) BFI sur données PwC
(12) BFI, The Box Office 2015
(13) BFI Yearbook 2013
(14) Ofcom, International Communications Market Report 2015, décembre 2015

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