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Le marché des droits de retransmission des évènements sportifs se complexifie

Alors que le verdict de l’appel d’offres lancé par la Fédération Française de Football (FFF) pour la diffusion des matchs de la Coupe de France (période 2018-2022) devrait être connu sous peu, NPA Conseil dresse un panorama des pratiques existantes en matière d’acquisition et d’exploitation des droits sportifs. Un marché évolutif et protéiforme qui devrait connaître une nouvelle année dynamique avec la remise en jeu de nombreux lots d’intérêt majeur.

  • Le cas des évènements sportifs d’importance majeure

En France, les évènements sportifs d’importance majeure désignés par le Gouvernement français sont tenus d’être diffusés autant que possible par une chaîne gratuite afin d’en assurer l’accès au grand public[1]. Ces évènements ne peuvent être retransmis en exclusivité par une chaîne payante. La liste des évènements considérés comme d’importance majeure a été élaborée en concertation avec les professionnels à partir des évènements répondant aux critères établis avec les États membres par la Commission européenne dans ses lignes directrices. Huit sports et un total de vingt-et-un évènements sont concernés par cette liste (football, rugby, tennis, cyclisme, formule 1, handball, basket-ball, athlétisme ainsi que les Jeux Olympiques d’été et d’hiver). La liste définie par la France est la plus conséquente de l’Union européenne.

Deux schémas coexistent en ce qui concerne l’attribution des droits pour les évènements sportifs d’importance majeure :

La vente directe de l’évènement par une fédération sportive (ou l’agence qui la représente) auprès du diffuseur en clair

L’intermédiation avec l’achat de l’intégralité de la compétition par une chaîne à péage et la revente d’une partie des droits à un diffuseur gratuit

  • Les droits premiums ne relevant pas du décret de 2004 relatif à la diffusion des EIM

Pour le reste des évènements sportifs, la tendance lourde de ces dernières années est au passage de la télévision gratuite à la télévision payante. Le sport a en effet de moins en moins sa place sur les chaînes en clair, soumises à des logiques de rentabilité de plus en plus drastiques et, en parallèle, à la concurrence féroce des services de télévision payante sur ce créneau. En football, depuis 2012, la Ligue des Champions a disparu de la grille des programmes de TF1. Le Championnat du Monde de formule 1 est quant à lui passé en crypté en 2013. Les grandes compétitions telles que la Coupe du Monde et l’Euro de football, ou les coupes d’Europe et du Monde de rugby, ne sont plus proposées en intégralité en clair en France.

Pour l’attribution de ces grandes compétions internationales, le marché assiste là aussi à une multiplication des modèles de gestion de droits. Lors des dernières éditions de la Coupe du Monde de football (2014) et de la Coupe du Monde de rugby (2015), TF1 a acquis l’intégralité des compétions auprès des fédérations concernées pour ensuite en gérer la revente comme elle le souhaitait au moment voulu. A noter qu’à la différence des éditions précédentes (2010 pour le football et 2011 pour le rugby) où le groupe France Télévisions s’était vu octroyer une partie des droits auprès de TF1 (respectivement 34 et 28 matchs), les éditions 2014 et 2015 n’ont pas trouvé preneur pour une sous-licence en clair. Dans les deux cas, la revente s’est faite exclusivement auprès d’un acteur de l’univers payant (beIN Sports et Canal+).

Acquisition de l’intégralité d’un évènement par un diffuseur en clair avec revente de tout ou partie des droits à des chaînes gratuites et payantes

Acquisition de l’intégralité d’un évènement par un diffuseur en clair avec revente de tout ou partie des droits à une chaîne payante

Une absence de sous-licence en clair qui illustre la difficulté des chaînes gratuites à se positionner sur des droits sportifs premiums dont les montants s’envolent un peu plus à chaque nouvel appel d’offres. A contrario, les acteurs du payant ne cessent de se renforcer. Depuis un peu plus de quatre ans et l’arrivée de beIN Sports, suivie plus récemment par Discovery et le rachat d’Eurosport, le marché des droits sportifs assiste à la montée en puissance de groupes internationaux avec une présence mondiale et une capacité d’investissement sans commune mesure. L’acquisition par Eurosport des droits pour l’Europe des Jeux Olympiques de 2018/2020 (hors France et Royaume-Uni) et de 2022/2024 en est la parfaite illustration. Discovery a obtenu l’exclusivité des droits des prochaines olympiades pour un montant de 1,3 milliard d’euros, avec une diffusion en direct et sur l’ensemble des supports (TV gratuite et payante, internet et mobile). Le groupe France Télévisions, diffuseur historique des JO, n’aura donc plus la main sur l’évènement et devra négocier les droits en sous-licence, non plus avec le Comité International Olympique (CIO) mais directement avec Discovery (à l’image de la BBC au Royaume-Uni).

Le dernier mondial de handball qui s’est déroulé en France constitue un autre exemple intéressant. Commercialisés par la fédération internationale de handball (IHF), les droits ont été acquis au niveau mondial par beIN Media Group pour un montant de 80 millions d’euros[2]. Une enveloppe contre laquelle les chaînes généralistes en clair ne peuvent lutter pour une compétition certes majeure, mais qui reste de moindre importance qu’un évènement équivalent en football ou rugby. Ainsi le groupe qatari acquiert les droits exclusifs au niveau planétaire puis en revend tout ou partie dans les territoires où il n’est pas présent et les exploite directement dans les pays où il dispose d’une filiale, comme en France. Le cas du championnat du monde 2017 est particulièrement intéressant dans la mesure où seule la finale relève du décret EIM pour laquelle beIN Sports a cédé les droits en clair au plus offrant, en l’occurrence TF1. Alors que beIN Sports n’y était pas contraint, le groupe a également cédé les droits des quarts et demi-finales de l’équipe de France à TF1. Une nouveauté due à l’insistance de la fédération française de handball (FFHB) et qui devrait être a priori reconduite lors du mondial féminin fin 2017 en cas de qualification de l’équipe de France.

Acquisition de l’intégralité d’un évènement par un diffuseur payant avec revente d’une partie des droits à une chaîne gratuite

Autre cas de figure, celui de la vente d’une compétition en lots auprès de chaque diffuseur, gratuit comme payant, permettant à la fédération ou l’agence qui la représente de maximiser le bénéfice et la visibilité de la compétition, tout en limitant la revente de droits par l’une ou l’autre des parties dans un second temps. C’est le cas notamment pour les deux prochaines éditions de la Coupe du Monde de football (2018 et 2022) qui verront TF1, pour la partie en clair, et beIN Sports, pour l’univers payant, diffuser respectivement les 28 plus belles affiches (dont le match d’ouverture, les demi-finales et la finale considérés comme EIM) et la totalité des rencontres. Le schéma d’attribution de la FIFA implique qu’aucun autre acteur ne puisse se positionner sur la diffusion de certains matchs. Pour y remédier, il faudrait que la FIFA, avec l’accord préalable de beIN Sports, cède une partie des matchs détenus en exclusivité par le groupe qatari à un diffuseur gratuit, tout en dédommageant beIN Sports pour le préjudice éventuel.

Vente d’une compétition en lots auprès de chaque diffuseur, gratuit comme payant

Enfin, autre cas atypique, celui de l’acquisition de droits exclusifs pour une exploitation à la fois sur univers payant et gratuit. C’est le cas de la Premier League, championnat de football anglais, dont Altice s’est arrogé les droits à prix d’or fin 2015 (300 M€ pour 3 saisons), avec pour vocation première la retransmission des matchs sur les chaînes SFR Sport, réservées aux abonnés de l’opérateur. Un partenariat a par la suite été noué avec Numéro 23, dont Altice détient 39% du capital à travers NextRadioTV (détenu à 49% par SFR Media). De façon évènementielle, la chaîne de la TNT diffuse des affiches du championnat anglais : Chelsea-Liverpool en septembre puis Liverpool-Manchester United en octobre 2016. Un exercice qui offre une vitrine à SFR Sport et qui, dans le même temps, permet à Numéro 23 de réaliser des audiences record (646 000 téléspectateurs en moyenne pour Liverpool-Manchester United).

Acquisition de droits exclusifs pour une exploitation à la fois sur univers payant et gratuit

 

 

[1] Le décret n°2004-1392 du 22 décembre 2004 prévoit un dispositif qui a pour objet de permettre que les événements d’importance majeure pour la société puissent être retransmis par les éditeurs de service de télévision dans des conditions qui garantissent leur accès par le plus grand nombre de téléspectateurs, c’est-à-dire par les services de télévision à accès libre par opposition aux services de télévision à accès restreint.

[2] Montant dépensé pour l’acquisition d’un lot comprenant les Championnats du Monde masculins et féminins de 2015 et 2017

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