Gaumont quitte l’exploitation de salles pour mieux rebondir dans la production télévisuelle

Mercredi dernier, Pathé annonçait le rachat de la participation de 34% que détient Gaumont dans le réseau de salles Les Cinémas Gaumont Pathé pour la somme de 380 millions d’euros, afin d’en devenir l’unique actionnaire. L’occasion pour Gaumont de se concentrer sur la production, particulièrement télévisuelle.

Créés en 2001, Les Cinémas Gaumont Pathé regroupent aujourd’hui l’exploitation des salles de cinéma de Gaumont et de Pathé. Avec un parc totalisant 108 cinémas et 1076 écrans à travers la France, les Pays-Bas, la Suisse et la Belgique, Les Cinémas Gaumont Pathé représentent l’un des plus puissants exploitants européens de salles de cinéma, celui-ci ayant accueilli 67 millions de spectateurs en 2016. Ce regroupement, baptisé à sa création Europalaces, faisait également de la famille Seydoux un pilier majeur du cinéma français. Actionnaire minoritaire à hauteur de 34% du regroupement, Gaumont n’était qu’un « actionnaire passif » au sein des Cinémas Gaumont Pathé selon les propos de Nicolas Seydoux[1] qui a alors accepté l’offre de rachat de ses parts par son partenaire.

Contre un chèque de 380 millions d’euros, Gaumont, en plus de pouvoir racheter les 35% d’actions minoritaires de son capital[2], va se concentrer pleinement sur ses activités de production. Au-delà de son activité traditionnelle de production cinématographique (une douzaine de films produits sont prévus pour 2017), le groupe souhaite également se développer davantage dans le domaine de la fiction via sa filiale française Gaumont Télévision, et américaine Gaumont International Television. Ayant installé un bureau de production directement à Los Angeles en 2011, Gaumont a réussi à s’imposer sur le marché devenu hyper concurrentiel de la série TV américaine et ce notamment en fournissant à Netflix 3 séries originales : Hemlock Grove (2 saisons), F is for family (1 saison) mais surtout Narcos (2 saisons) qui a connu un véritable succès critique à travers le monde, même si les données de consommation restent la propriété du service de SVoD. Gaumont a également produit les 3 saisons de la série Hannibal pour le network NBC qui a popularisé l’acteur Mads Mikkelsen à l’international, malgré des audiences américaines quelque peu décevantes (4,36 millions de téléspectateurs pour le pilote, soit 1,6% de PdA sur les 18-49 ans).

Ces différents succès lui ont valu de réaliser un chiffre d’affaires de 127,7M€ en 2015 rien que sur la vente des séries américaines, représentant la moitié du chiffre d’affaires global de Gaumont. Cependant, ces ventes ont reculé de 54,7% à 57,9M€ en 2016 en raison de l’unique livraison de la deuxième saison de Narcos effectuée au cours de l’année. Cette baisse du chiffre d’affaires sera comblée par la livraison de 7 séries pour l’année dont la troisième saison de Narcos[3] et la deuxième de F is for family (Netflix). Parmi elles, des séries à thématique policière seront diffusées cette année telles que L’art du crime (France 2, 6×52’) qui suivra un ex de la PJ un brin sanguin, rattaché à l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels, domaine qui ne l’intéresse pas du tout. C’est également le cas pour Nox (titre provisoire, Canal+, 6×52’) où une policière à la retraite reprendra du service pour retrouver sa fille, membre de la PJ, qui a disparu. Le thème du polar avait déjà bien fonctionné pour Gaumont cette année avec la série Glacé diffusée sur M6 en janvier dernier (3,9M de téléspectateurs en moyenne pour 15,5% de PdA et meilleur lancement d’une fiction française sur la chaîne depuis 2010 avec 4,8M de téléspectateurs pour le 1er épisode). Gaumont mise également sur la qualité de sa filiale Gaumont Animation pour développer des séries animées dédiées à la jeunesse. Sont ainsi prévues au cours de l’année Trulli Tales pour Disney (52 épisodes), Furry Wheels pour France 3 (52×11’) et Belle et Sébastien pour M6 (52×13’).

D’autres projets sont également en cours sans toutefois qu’une date de diffusion n’ait été fixée. C’est le cas par exemple d’un téléfilm Les Visiteurs (2×52’) dont la diffusion serait prévue sur TF1 ou encore Trafic d’influences (6×52’) pour M6, écrite par Dan Franck. Des fresques historiques sont également en cours de développement telles que Les Bonaparte (8×52’) pour France 2 qui suivra les péripéties de la famille Bonaparte au cours du XIXème siècle, mais aussi Spy City (10×52’) qui nous plongera dans le Berlin d’après-guerre lorsque la ville était divisée en 4 secteurs dans les années 1950. A noter également le développement de City of light (10×52’) sur la ville de Paris à la Belle Epoque ainsi que The Alphabets (8×52’) qui suivra l’aventure de 4 Américains pendant la Seconde guerre mondiale parcourant l’Europe à la recherche de scientifiques nazis.

[1] http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2017/03/02/gaumont-abandonne-les-salles-de-cinema-pour-se-concentrer-sur-les-series_5087988_3234.html?h=11

[2] Le fonds américain First Eagle Investment détient 12%, le groupe Bolloré 9,56% et 5,44% pour le Groupe Industriel Marcel Dassault.

[3] Une quatrième saison de Narcos a déjà été commandée par Netflix.