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Télécoms : se spécialiser à défaut de se consolider ?

Une hirondelle ne fait pas le printemps… mais peut-être peut-elle ouvrir à de nouveaux horizons. Si les performances affichées par Bouygues Télécom, Free et Orange marquent une amélioration par rapport à 2015 – dans l’attente des résultats 2016 que SFR doit publier ce mercredi 8 mars après bourse – les capacités d’investissement jugées aujourd’hui insuffisantes pour remplir l’objectif d’une France à 100% très haut débit en 2022, comme la dégradation de l’emploi dans le secteur, rappellent que rémission ne vaut pas guérison. A défaut de consolidation, après la tentative avortée du 1er trimestre 2016, les opérateurs pourraient poursuivre en 2015 sur la voie de la différenciation par la spécialisation. Avec la stratégie d’investissement dans les contenus comme élément discriminant.

L’année 2016 a été marquée par « le retour à la croissance du chiffre d’affaires et de l’EBITDA ajusté », et « les bons résultats commerciaux et financiers de Bouygues Telecom en 2016 confirment la pertinence de ses choix stratégiques » indiquaient respectivement les groupes Orange et Bouygues, le 23 février ; Free a réalisé au cours du même exercice « une performance commerciale exceptionnelle (se traduisant par) des indicateurs financiers en forte croissance : chiffre d’affaires en hausse de 7% et résultat net en hausse de 20% », poursuivait le groupe Iliad ce mardi 7 mars. Et le pdg de Bouygues Télécom Olivier Roussat d’estimer : « le marché à quatre opérateurs est devenu totalement viable et rentable ».

Parce que l’inflexion positive constatée en 2016 est loin de restaurer les marges – donc la capacité d’investissement – du secteur, cette conclusion ne fait pas l’unanimité. Selon les termes mêmes de son pdg, Bouygues Télécom a du conduire « une profonde restructuration (et son ARPU dans le mobile) a quand même perdu 40 % de sa valeur en quatre ans » ; celui d’Orange a glissé de plus de 15% et les effets de la concurrence n’ont pas épargné le fixe : quand Iliad annonce un revenu moyen par abonné de 34,7 € par mois en 2016, celui-ci s’élevait à 36 € en 2012.

Cette dégradation a contraint les opérateurs à réduire leurs effectifs. Entre 2012 et 2015, le secteur a perdu plus de 10 000 emplois directs (de 129 692 à 118 329, d’après l’ARCEP). Le mouvement de contraction des équipes s’est poursuivi en 2016, et il jouera encore de manière significative pour 2017, chez SFR au moins. A lire le récent rapport de la Cour des Comptes, ou les inquiétudes régulièrement exprimées par le président de l’ARCEP Sébastien Soriano concernant le « mur d’investissement » que nécessite la généralisation du très haut débit, elle met également en cause la capacité à conduire la modernisation des infrastructures.

A défaut d’avoir encore retrouvé les chemins d’une croissance rentable et équilibrée, les télécoms pourraient voir se creuser en 2017 les différences dans les stratégies poursuivies en matière de contenus et, au-delà, dans leur positionnement sur le marché.

Iliad, dont l’investissement sur le sujet est toujours resté limité, pourrait se désengager plus encore, dans la lignée de l’accord conclu à l’été 2016 avec le groupe Canal+, pour la fourniture à ses abonnés du bouquet TV by Canal : l’opérateur pourrait mettre fin à la commercialisation de chaînes payantes en direct, à l’unité principalement, telle qu’il la pratique depuis 2003. Cette option, si elle est confirmée, verrait le groupe se concentrer sur ses seules activités de fourniture d’accès.

A l’inverse, Orange et SFR semblent déterminées à poursuivre dans la voie de la différenciation par les contenus, comme devraient rapidement en témoigner les appels d’offres attendus pour les droits de la Formule 1 et de la Ligue des Champions, puis de la Ligue 1. Quitte, pour Orange, à intervenir en partenariat avec Canal+ ainsi que le suggérait Stéphane Richard, le 2 mars, lors des Rencontres de l’Udecam. « Je ne vois pas de raison pour que le mouvement de hausse du prix de ces droits constaté ces dernières années s’interrompe », ajoutait le patron d’Orange… qui aura vu sa prévision confortée par le montant déboursé par BT (près de 1,2 Md£ sur 3 ans, soit près de 300 M£ supplémentaires par rapport au round précédent) pour conserver l’exclusivité de la Champions League et de l’Europa League au Royaume-Uni.

Et Bouygues Télécom ? La stratégie poursuivie depuis début 2016 – « suivre les démarches promotionnelles agressives de nos concurrents et leur répliquer systématiquement », résume Olivier Roussat – suggère plutôt un alignement sur la direction tracée par Free.

Mais peut-être l’ensemble de cette analyse se verra-t-elle rapidement réduite à néant : « Lors de la présentation des résultats aux analystes, Xavier Niel leur a fait une confidence : une nouveauté sera dévoilée mardi chez Free Mobile, et ‘’elle ne devrait pas plaire à [ses] concurrents’’ », indiquent Les Echos ce mercredi matin. Rendez-vous, donc, le mardi 14.

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