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Netflix et Facebook à l’heure des transgressions

L’un s’associe à SFR dans une forme inédite de quasi bundle ; l’autre semble prêt à s’ouvrir à la distribution de contenus de presse payants. Pour Netflix comme pour Facebook, ce début de semaine semble placé sous le signe de la transgression, ou au moins de l’ajustement de leurs modèles.

« Facebook pourrait bientôt aider ses utilisateurs à faire quelque chose dont ils n’ont pas l’habitude sur la plateforme : payer pour les news ». L’information – non confirmée officiellement par le groupe – est venue lundi du Wall Street Journal et Les Echos comme Le Figaro s’emploient ce mercredi à la préciser : le service « serait opérationnel sur l’appli mobile de Facebook à partir de la fin de l’année, en tous cas aux Etats-Unis » et ne s’appliquerait, dans un premier temps au moins qu’aux « seuls articles repris sur le service ‘‘Instant Article’’, précise le premier. « Il pourrait s’agir d’un ‘’paywall’’ (intégrant) quelques articles gratuits chaque mois. Facebook pourrait prélever un pourcentage des ventes ou les reverser en intégralité aux éditeurs, en échange des coordonnées de paiement des internautes. », complète le second.

Ce dernier aspect, si on le met en perspective de l’entrée en vigueur en mai 2018 du Règlement Général de Protection des Données (RGPD) européen, pourrait bien constituer l’une des motivations majeures de cette ouverture : face à la difficulté croissante à utiliser les cookies pour tracker les usages, elle fait écho en tout cas au mouvement des éditeurs vers les systèmes de log in relevée par le Flash NPA.

Elle s’inscrit également dans la tendance de ces derniers à revenir vers les modèles payants afin de mieux monétiser leurs publications.

Elle conduit encore à se demander si la distribution payante d’autres contenus – musique, vidéo… – s’ajoutera progressivement à celle de la presse, et si Facebook empruntera le chemin précédemment suivi par Google / YouTube (Google Play, Google Music, YouTube TV…).

L’accord annoncé ce lundi entre SFR et Netflix a lui aussi été largement commenté. Après Orange et Bouygues Télécom, il voit le leader mondial du marché de la SVoD se rapprocher d’un 3e FAI, plaçant maintenant son service à portée de télécommande de quelques 20 millions d’internautes français. Et d’après les résultats publiés par SFR pour le 1er trimestre, ce sont d’ores et déjà 800 000 clients des forfaits 4P SFR Family qui sont assurés d’y accéder gracieusement pendant 6 mois.

NPA Conseil  n’a pas trouvé trace d’un deal aussi généreux dans les accords passés précédemment par Netflix avec des telcos, la norme étant à un mois unique de gratuité, en France comme à l’étranger.

Belle opportunité pour le service de s’inscrire durablement dans les usages et de maximiser au final son taux de transformation.

Belle reconnaissance également – en creux – de la place incontournable acquise par les FAI dans la distribution audiovisuelle, et de celle que conserve le téléviseur dans la consommation. Dans une interview à CNBC, Reed Hastings indiquait fin mai que ce dernier concentrait deux tiers des visionnages.

Concernant SFR, enfin, l’accord n’est pas sans évoquer la « stratégie du casse noix » théorisée par Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne des présidentielles, mais avec SFR, Netflix et Canal+ dans les rôles respectifs de la France Insoumise, d’En Marche et du Parti Socialiste. De même que ce dernier s’est trouvé pris en tenaille entre les deux précédents sur le terrain politique, Canal+ va subir une concurrence sensiblement renforcée sur ses deux piliers : le sport (avec l’arrivée dès 2018/2019 des coupes européennes sur SFR Sport) et maintenant le cinéma et les séries (Netflix complétant SFR Play et la chaîne SFR Studio qui sera lancée mi-août).

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