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Les derniers enseignements de l’Ofcom sur le marché britannique des télécommunications

L’édition 2017 du rapport annuel de l’Ofcom sur le marché britannique des télécommunications a été publiée le 3 août dernier et dresse le bilan de l’année 2016-2017 en quelques 243 pages. L’analyse du secteur de la télévision et l’audiovisuel permet de mettre en lumière la corrélation entre l’amélioration continue et rapide de la connectivité et de l’équipement des ménages britanniques et l’installation de nouveaux usages.

• La connectivité au Royaume-Uni

82% des foyers britanniques ont désormais une connexion internet fixe à domicile (25,3M de connexions), contre 79% l’année précédente. Surtout, la qualité de cette connexion progresse puisque 44% des connexions à large bande (soit 10,8M de prises) ont profité au mois de juin 2016, date de la mesure, d’un débit descendant réel d’au moins 30 mégabits par seconde. Seulement 38% des connexions atteignaient ce débit réel en 2015, soit 6 points de moins. Le débit moyen réel des connexions s’établit à 36,2 Mbit/s au Royaume-Uni en 2016 (contre 20,2 Mbit/s en France en 2015 selon l’Arcep).

L’internet mobile progresse également de manière conséquente. Si la proportion de foyers abonnés à une offre de téléphonie mobile reste stable à 96%, les deux tiers des abonnements, soit 52,4M sur un total de 92M, sont des abonnements 4G. Une progression très importante puisqu’en 2015, 46% seulement des abonnements étaient compatibles 4G. Si 94% des adultes britanniques (plus de 16 ans) possèdent un téléphone mobile, ils sont 76% à utiliser un smartphone et surtout, 66% selon les données de l’Ofcom Technology Tracker à utiliser leur téléphone pour accéder à internet. Les smartphones sont identifiés comme l’appareil le plus important pour la connectivité, et ils sont utilisés à la fois à l’extérieur et à l’intérieur du domicile puisque l’Ofcom précise qu’environ les deux tiers des connexions de données se font en Wi-Fi plutôt que par un réseau mobile. Sur ce point, l’Ofcom a développé une méthodologie dédiée pour mesurer les usages sur téléphone mobile. Une application passive est ainsi installée sur les smartphones Android d’un panel d’utilisateurs. Une des conclusions les plus intéressantes concerne les usages de YouTube. On apprend ainsi que 76% des sessions sur l’application YouTube des panelistes ont eu lieu au quatrième trimestre 2016 via une connexion Wi-Fi contre 8% seulement via une connexion 4G et 7% en 3G.

La conséquence directe de cette meilleure connectivité réside dans une utilisation croissante des services de données. L’utilisation moyenne des données par ligne fixe a augmenté de 36% par rapport à l’année précédente pour atteindre les 132 Go par mois en juin 2016. Et malgré les usages massifs du Wi-Fi, l’utilisation moyenne des données progresse également de manière très importante sur les réseaux mobiles avec 1,3 Go mensuel soit un bond de 44% en un an. Globalement, 4% du total des données britanniques ont transité sur les réseaux mobiles des opérateurs (juin 2016).

• L’équipement des ménages britanniques

Comme mentionné précédemment, le smartphone est devenu le terminal le plus utilisé par les adultes britanniques pour accéder à internet. Plus globalement, la photographie de l’équipement des britanniques au premier trimestre 2017 se caractérise par deux faits marquants. D’abord, un taux d’équipement élevé en ordinateurs au sens large mais qui ne progresse plus d’une année sur l’autre : 29% des foyers possèdent un PC, 64% un ordinateur portable et 58% une tablette (en France le taux d’équipement pour les tablettes, tel que mesuré par GfK n’est que de 43% à fin 2016).

C’est surtout la très forte progression de l’équipement des ménages en terminaux permettant d’accéder à internet sur le téléviseur qui retient l’attention. Les Smart TV progressent ainsi de 9 points en un an. 36% des foyers britanniques sont désormais équipés contre 25% en France (GfK). Dans le même temps, le nombre de foyers possédant une clé TV (Google Chromecast, Roku Stick, Amazon Fire TV stick) ou une streaming box (NOW TV set-top box, Roku, Amazon Fire TV, Apple TV) a doublé passant de 5 à 10%.

• Les nouveaux usages audiovisuels

La connectivité et l’équipement se traduisent par l’installation de nouveaux usages audiovisuels. Le rapport annuel de l’Ofcom est particulièrement bien documenté sur ce point avec un foisonnement d’informations mais qui proviennent de sources et de méthodologies différentes, et qui sont éparpillées dans plusieurs chapitres. Il convient donc de ne retenir que l’essentiel. D’abord, l’importance des usages multi-écrans mais avec un paradoxe puisque si la consommation de contenus audiovisuels se fait de plus en plus sur des écrans alternatifs au téléviseur, celui-ci, désormais connecté à internet, devient en même temps l’écran le plus utilisé pour les nouveaux services disponibles en ligne. Ainsi, alors que 54% des adultes disent apprécier la liberté de pouvoir regarder des contenus sur leur tablette ou smartphone et même 83% des 16-24 ans, l’Ofcom constate que le téléviseur domine les autres écrans pour les usages du iPlayer, le service en ligne de la BBC, son concurrent de itv, le itv hub mais également Netflix ou Amazon Prime Video les deux principaux services de SVoD. Le téléviseur est seulement dépassé par le PC, le Smartphone et la tablette pour les usages de Facebook et de YouTube même si dans ce dernier cas, la TV représente tout de même 33% des usages.

L’autre enseignement majeur réside dans la segmentation de plus en plus marquée des usages en fonction de l’âge de la population. Les différences sont telles désormais entre les plus jeunes et les plus âgés qu’il est de plus en plus difficile d’appréhender de manière globale l’évolution du paysage audiovisuel. De fait, au niveau de l’ensemble de la population les usages de la télévision linéaire restent ultra dominants par rapport aux formes alternatives de consommation de contenus audiovisuels. 91% des britanniques regardent au moins une fois la TV linéaire chaque semaine. Et la durée d’écoute par individu varie peu et reste stable à 3h32 par jour en 2016 (-4 minutes par rapport à l’année précédente). Mais chez les plus de 64 ans, la DEI est en moyenne de 5h44, en hausse de 50 minutes en dix ans (2006) alors qu’elle n’est plus chez les 16-24 ans que de 1h54 en recul de 41 minutes sur la même période. Et globalement, les britanniques ne sont plus que 30% à déclarer regarder quotidiennement le même programme que les autres membres de leur famille, ensemble devant le téléviseur du foyer.

L’individualisation de la consommation s’installe se traduisant par une véritable explosion des usages sur les nouveaux services en ligne de vidéo à la demande, plateformes d’hébergement comme services de vidéo à la demande par abonnement. Alors qu’en 2013, la télévision en direct représentait 86% du temps total consacré à la consommation de programmes audiovisuels, en 2016, elle ne représente plus que 80%. Une différence de six points qui s’explique par la montée en puissance de la SVoD (qui passe de 1% à 4%) et des services à la demande des chaînes (de 2% à 4% également). Plus concrètement, les deux services leaders de SVoD représentent désormais 10 millions d’abonnements au Royaume-Uni, 6 millions pour Netflix et 3,8 millions pour Amazon Prime avec un chiffre d’affaires (« OTT Subscription revenues ») estimés par Ampere Analysis pour l’Ofcom à 664M£ en 2016 (714M€) confirmant ainsi que le Royaume-Uni est de très très loin le premier marché de la SVoD en Europe.

Si la concurrence de la SVoD n’est donc plus une menace mais une réalité pour les chaînes de télévision britanniques, celles-ci ont néanmoins réussi à défendre leur place dans le nouveau paysage audiovisuel. Et c’est certainement une des informations les plus rassurantes du rapport de l’Ofcom. De fait, quand on demande aux britanniques quels sont, hormis la TV en direct, les autres sources de contenus qu’ils utilisent, on constate que les services en ligne des chaînes et en particulier des chaines du service public, dominent les services des pure-players. Ainsi, le BBC iPlayer reste le service le plus populaire avec 63% d’utilisateurs adultes, devant ITV Hub (40%), YouTube (38%) et Netflix (31%). Et si l’on agrège les services, ceux des chaînes du service public (BBC iPlayer, All4, ITV Hub, My5) sont utilisés par 67% des britanniques contre 45% pour les services de vidéo à la demande par abonnement (Netflix et Amazon Prime) et 41% pour les médias sociaux (YouTube et Facebook).

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