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Information : circulation mondiale et sensibilités nationales

Sofia Bengana – Publisher – Le Figaro

Un besoin de consommer l’information intelligemment

Cette table ronde « circulation mondiale et sensibilités nationales » a été introduite par l’éditrice au Figaro Sofia Bengana. Elle présente sa vision du rôle de l’entreprise de presse dans un contexte marqué par l’accélération croissante de la circulation de l’information. « Le lecteur attend une grille de lecture. Le processus est accéléré mais le contrat de lecture reste le même ». Elle précise : « il y a un besoin que l’information soit recontextualisée, de manière à ce que l’on puisse la consommer de manière intelligente. Le live n’a de sens pour nos lecteurs que si le journaliste est en mesure de l’enrichir. » Le journaliste doit, selon elle, être en mesure de dépasser les sphères d’intérêt mais aussi d’ouvrir d’autres fenêtres.

Une alliance de quotidiens européens pour « partager les expériences et pratiques marketing »

Interrogée sur l’alliance du Figaro avec plusieurs quotidiens européens (Die Welt, El Pais, La Repubblica, Le Soir, Tages-Anzeiger, La Tribune de Genève), elle déclare que l’idée derrière le projet « était davantage de s’associer pour partager les enjeux et défis auxquels les médias d’information sont confrontés que constituer une base commune d’articles ». Elle précise : « l’essentiel de la Leading European Newspaper Alliance est plutôt de mettre en commun nos compétences journalistiques, partager les expériences et pratiques marketing. On est plus sur des enjeux d’outils et non sur la production de contenus. »

 

Arnaud Métral – Managing Director – ‎WEBEDIA

Pour Arnaud Métral (Managing director – Webedia France), « la proximité est une valeur fondamentale » en matière d’information. Localement, l’information sur le divertissement et la façon de la présenter sont spécifiques, raison pour laquelle développer des stratégies globales de création de contenus n’est pas efficace. C’est la capacité d’un média à être local qui crée son attractivité.

Ce qui est global, ce n’est pas l’information mais les   outils de diffusion de l’information. On retrouve plus cette globalisation dans la culture de l’entreprise que dans les processus eux-mêmes.

Les stratégies de monétisation restent elles aussi très axées sur la localisation et le contexte. Au niveau de la relation avec les annonceurs, Arnaux Métral soutient que, même si certaines opérations ont une portée mondiale, la plupart des stratégies de promotion restent pensées à l’échelle locale.

 

Michael Peters – Président du directoire d’Euronews

Euronews est récemment passé d’un fil uni à 12 éditions locales

Michael Peters considère qu’Euronews devient moins global et plus « glocal ». Selon lui, on parle aujourd’hui de « village global » : les consommateurs d’information ont aboli les frontières géographiques mais ont construit des sphères d’intérêts. « Que l’information se passe en bas de chez soi ou à l’autre bout du monde n’a pas d’intérêt, ce qui compte, c’est si elle rentre dans la sphère d’intérêt », précise M. Peters.

L’enjeu pour un média international est aujourd’hui de rentrer « dans l’esprit de la glocalisation » et de traiter de thèmes qui entrent dans les différentes sphères d’intérêt. Par exemple, Michael Peters note un fort traitement médiatique du thème de la corruption et surtout des « Paradise papers » et des purges en Arabie Saoudite. En contraste, le public s’attache moins aujourd’hui aux évènements et mouvements de foule qui se déroulent en Roumanie pour dénoncer la corruption.

Devenir le premier média « glocal » du monde

Euronews développe deux types de contenus, rappelle Michael Peters : « des contenus communs à toutes les éditions, et chaque édition développe ensuite son contenu propre ». La « glocalisation » pose une véritable question éditoriale : « faut-il produire du contenu purement locale et  nationale, ou de l’information qui a une portée universelle mais qui aurait plus d’intérêt dans un pays donné car elle fait écho à une autre actualité dans ce pays-là ? » Michael Peters cite à ce titre les dizaines de décisions prises à Bruxelles cette semaine : « certaines vont concerner plus spécifiquement le public espagnol, d’autres les français ».

« On peut réellement devenir le premier média « glocal » au monde, mais il va falloir que l’on réfléchisse bien », affirme-t-il. Une fois un contenu spécifique créé, Euronews le met en commun grâce à une grande agence vidéo interne. « On se rend compte qu’il se passe des choses qui vont intéresser le public dans d’autres pays », tel qu’un évènement en Espagne qui puisse faire écho à un autre en Turquie et qui touchera spécifiquement le public turc.

Cibler le public plus précisément pour survivre dans un marché pan-européen en déclin

« Nous venons d’un marché pan européen qui par définition, par essence, est en déclin », rappelle le président du directoire d’Euronews. Comparé à un marché publicitaire national comme celui de la France, le marché paneuropéen sur lequel évolue Euronews ne pèse que 300 millions d’euros, soit un dixième du marché français. « On est sur un marché de niche, un marché qui est touché de plein fouet par les 80 % pris par Facebook et Google », ajoute-t-il.

Pour survivre sur ce marché, « les premiers à montrer la voie sont Eurosport, depuis l’achat par Discovery », selon Michael Peters. La solution serait de créer « des contenus spécifiques pour les éditions locales, qui ouvrent la voie vers des marchés nationaux, mais de façon très précisément ciblée ».



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