France Télévisions a présenté en début d’année un projet d’évolution de l’organisation du groupe avec l’objectif de développer une nouvelle stratégie numérique. Lors de ses vœux aux salariés le jeudi 15 janvier, la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte a annoncé qu’elle « [engagerait] la plus importante réorganisation du groupe depuis 20 ans. Celle qui mettra le numérique au cœur de nos activités. Elle fera du streaming et de notre présence sur les médias sociaux la part principale de notre activité ». Le groupe audiovisuel public souhaite devenir un média nativement numérique et va se réorganiser autour d’un modèle « streaming first ». Alors que des vents mauvais soufflent de plus en plus fort sur l’audiovisuel public en Europe, un tour d’horizon des marchés du streaming chez nos principaux voisins montre une incontestable puissance des plateformes BVoD des groupes publics, véritables fers de lance de la souveraineté numérique européenne sur le front de l’audiovisuel. Protégés des risques de cannibalisation de leurs recettes publicitaires linéaires par un déplacement des audiences sur le numérique, les groupes audiovisuels publics européens se sont engagés plus vite dans la migration de leurs audiences vers le rattrapage et/ou le preview, et ils sont de manière générale plus puissants que les groupes commerciaux concurrents sur l’ensemble des grands marchés observés.
En France, France.tv est le premier service de BVoD en termes de couverture mensuelle, sur le public de 4 ans et plus.
Au Royaume-Uni, le BBC iPlayer représente près du quart de la consommation globale des contenus audiovisuels du groupe, et la BBC (19 %) devance YouTube (14 %) et ITV (12 %) en termes de part du temps vidéo des Britanniques.
En Allemagne, le taux de couverture mensuels des « Mediathek » de l’ARD et de la ZDF chez les Allemands de 14 ans et plus (45 % et 46 %) devance Netflix (44 %) et Prime Video (41 %), loin devant les niveaux de Joyn (ProsiebenSat1) et RTL+ (RTL Group) sans atteindre le niveau de YouTube.
Au Danemark, TV2 Play (14 minutes par jour et par Danois en moyenne) et DRTV (12 minutes) sont les deux plateformes de streaming les plus utilisées. Les deux services devancent Netflix.
En Italie, RaiPlay a rassemblé en moyenne 13 millions de visiteurs uniques mensuels en 2025, selon les données du JIC Auditel, ce qui positionne la plateforme comme le principal service de streaming dans le pays.
En Espagne, enfin, la plateforme du groupe public RTVE, RTVE Play, devance les services des diffuseurs privés, atresPLAYER (atresMedia) et Mediaset Infinity (anciennement Mitele Plus), mais reste loin derrière Netflix (18,4 millions d’utilisateurs mensuels), Prime Video, YouTube et Disney+.
[1] Selon l’Arcom (« Rapport sur l’exécution du cahier des charges de France Télévisions »), en 2024, France Télévisions reste le premier financeur de la création audiovisuelle en France avec plus de 420,4 M€ investis dans la production patrimoniale et le deuxième financeur de la création cinématographique après le Groupe Canal Plus (le premier parmi les chaînes en clair) avec 65,4 M€ de dépenses, soit une contribution totale de 485,8 M€.
[2] Réponse de la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte Cunci au Rapport de la Cour des comptes « France Télévisions, exercices 2017-2024 »
[3] Ibidem
[4] Eliana Corti, « RAI PLAY AL CENTRO DEL GIOCO», Tivù, Décembre 2025, pages 14-21.
[5] Cet aspect est de plus en plus incertain. Dans une décision du 14 mai 2025, le régulateur CNMC a conclu que le service de streaming du radiodiffuseur public ne pouvait pas diffuser de publicité commerciale. La CNMC est catégorique : ni la loi de financement de RTVE ni la loi générale sur la communication audiovisuelle ne font de distinction entre les différents formats de diffusion. Par conséquent, les limitations en matière de publicité s’appliquent aussi bien aux contenus en direct qu’au streaming. Lire Insight NPA sur ce sujet.
