L'édito de Philippe Bailly

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Sky, Charter, Free… le streaming de la canalplusification

« Sky se canalplusifie ». Le twittos @anael_tw n’a pas hésité à inventer un néologisme pour l’occasion : ce 11 février, le leader historique de la pay TV au Royaume-Uni Sky a annoncé le lancement d’une offre intégrant Netflix avec publicité, Disney+ avec publicité, HBO Max avec publicité, la plateforme Hayu (NBCUniversal) et ses propres chaînes pour un tarif unique (24 £/mois). Le parallèle est tentant, d’avec le positionnement de « super agrégateur » revendiqué depuis le début de la décennie par Canal+.

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Depuis la fin 2018, Sky est filiale du câblo-opérateur américain Comcast, ce qui pourrait bien ne pas être anodin. Comme ses concurrents, Comcast subit depuis plus d’une décennie le mouvement de cord cutting, qui voit les Américains délaisser les offres traditionnelles qui combinent raccordement à internet et plantureux bouquets de chaînes thématiques, pour des tarifs de plus en plus jugés exorbitants, au profit d’un mix internet seul et plateformes de streaming, plus souple puisque sans engagement et incomparablement meilleur marché. En 8 ans, le nombre des abonnés TV de Comcast a été divisé par deux : de 22,4 millions fin 2017 à 11,3 millions fin 2025.

Et la trajectoire a coûté au groupe son statut de premier distributeur national de TV payante. Il a été supplanté dans le rôle par Charter Communication, avec lequel l’écart se creuse maintenant trimestre après trimestre : -1,3 million fin 2025, par rapport au nouveau leader et ses 12,6 millions abonnés vidéo. Plus encore, Charter est parvenu au dernier trimestre 2025 à inverser la tendance par rapport à une série de… 19 trimestres consécutifs de baisse, en regagnant 44 000 abonnés vidéo au 4e trimestre 2025.

A défaut d’avoir mis la main la pierre philosophale, Charter et les patrons des studios semblent simplement avoir redécouvert… les bases de la pay TV : un opérateur aux offres desquels les contenus apportent valeur ajoutée et capacité de différenciation, d’une part ; et de l’autre, des éditeurs qui reviennent sur l’optique « 100% » du D2C (100% des revenus, mais aussi 100% des coûts… de technologie, de gestion de la facturation et du recouvrement, de marketing…) pour privilégier effet de volume (moindre rémunération par abonné, mais valant sur un parc sensiblement plus étendu) et capacité de monétisation publicitaire d’une audience sensiblement augmentée.

En septembre 2023, l’accord passé entre Charter Communication et le groupe Disney a été le premier à traduire cette bascule, avec la possibilité, pour les clients du premier, de bénéficier gracieusement de Disney+, Hulu et ESPN. Il a été signé à deux mois du lancement des forfaits avec publicité du second, ce qui n’est évidemment pas indifférent. Des deals avec Warner Bros. Discovery, Paramount, NBC Universal, AMC… ont suivi, sur le même modèle, à tel point que Netflix, Prime Video et Apple TV sont aujourd’hui les seules plateformes significatives à manquer à l’appel. Au vu des résultats obtenus par Charter, Comcast, pourrait bien être tenté lui aussi de se rallier à cette approche, l’offre lancée ce 11 février par Sky ayant alors valeur de rodage.

En France, Free s’est également engagé de longue date – depuis la sortie de la Freebox Delta – sur le chemin de l’agrégation, et la Freebox Ultra a encore accentué le mouvement, avec Netflix, Disney+, Prime Video et Universal+… mais aussi « Canal+ la chaîne » fournies gratuitement.

Si la dynamique semble bien au retour vers des offres agrégées, ce dernier point témoigne qu’il y a encore du jeu dans la nouvelle architecture, avec des acteurs qui alternent les positions d’agrégateurs (le « super agrégateur » Canal+, et maintenant Netflix avec TF1 ou Prime Video avec France Télévisions et M6) et d’« agrégés » (Canal+ avec Free, Netflix, avec Canal+…). 

Simple moment de transition, ou cohabitation plus durable ? Les résultats que les uns et les autres tireront de la course à la monétisation publicitaire qui sous-tend une grande part de ces jeux d’acteurs devraient faire juges de paix.