La mise en place au Royaume-Uni en 2013 d’un allègement fiscal destiné à stimuler la production de fiction haut de gamme pour la télévision (HETV pour High-end TV) a provoqué un afflux massif d’investissements étrangers, en provenance des studios américains et des plateformes de streaming indépendantes. Sur dix ans, entre 2016 et 2025, la progression des investissements est faramineuse, à +318 %, avec une somme quatre fois plus importante aujourd’hui qu’elle ne l’était en début de période (4 029 M£ en 2025 contre 964,4 M£ en 2016). Mais la santé en apparence insolente de la production britannique masque une véritable prise de pouvoir des studios et des plateformes américaines sur la TV haut de gamme, au détriment des chaînes de télévision britanniques. La part des investissements étrangers dans la production HETV atteint 80,8 % en 2025. L’année dernière, les studios et les plateformes américains ont dépensé 3,26 Mds£ sur 81 programmes haut de gamme différents, quand dans le même temps les chaînes britanniques consacraient 688 M£ à 76 projets. L’afflux des investissements étrangers conduit à une explosion des budgets de production et à un décrochage des acteurs de l’audiovisuel britannique. Pourtant, si les effets secondaires du dispositif d’allègement fiscal sur la production nationale n’ont pas manqué d’alerter les pouvoirs publics, le gouvernement a décidé cet été de rejeter en bloc toutes les propositions formulées par les députés pour faire évoluer le système, à commencer par celle de l’introduction d’une taxe sur le streaming pour rééquilibrer la production, entre investissements étrangers et production nationale.
[1] Les sociétés de production peuvent bénéficier d’un allégement fiscal de 25% sur les dépenses réalisées au Royaume-Uni et jusqu’à 80% du budget initial total. Les programmes produits doivent être une fiction ou un documentaire avec un coût de production supérieur à 1 million de livres par heure et une durée d’au moins 30 minutes par épisode.
[2] Des allégements fiscaux pour les productions de programmes d’animation et de programmes spécifiquement destinés aux enfants ont été introduits en avril 2015 mais font l’objet d’un décompte spécifique.
