Étant calculées en pourcentage du chiffre d’affaires des différentes familles de contributeurs, les taxes qui alimentent le compte de soutien du CNC offrent un reflet fidèle des fluctuations de l’économie du secteur audiovisuel. Et force est de constater que les prévisions pour 2026 que le Centre a présentées le 8 avril aux professionnels ne témoignent pas d’un optimisme débridé.
S’agissant d’abord des chaînes de télévision. Le CNC prévoit, côté TNT en clair, -7,6 % de baisse pour le produit de la taxe sur la publicité TV (ex TST-E), et la pente est encore plus raide pour la Taxe sur les services de télévision (ex TST-D), qui reflète le niveau d’activité de la télévision payante, avec -10,4 % attendus sur l’exercice.

Plus inquiétant, le streaming n’apparaît plus épargné par les évolutions négatives : le CNC prévoit que le produit de la Taxe sur les services d’accès à des contenus audiovisuels à la demande (TSV-P) sera en recul de 3,5 %, suggérant donc une baisse proche des revenus d’abonnement des plateformes de SVoD, dont elle est le « témoin ».
Finalement, le CNC anticipe que deux taxes seulement évolueront dans le vert en 2026 : l’ex-TSA, prélevée sur les entrées en salles, et qui devrait bénéficier du rebond déjà constaté – et attendu tout au long de l’année compte tenu des sorties programmées – de la fréquentation, d’une part ; la Taxe sur la publicité des vidéos en ligne (TSV-G), de l’autre. Cette dernière est prélevée sur les recettes de publicité des plateformes de partage de vidéo – YouTube principalement – et des services de SVoD qui ont développé des forfaits avec publicité (Netflix, Disney+, Prime Video et HBO Max). Le taux de croissance prévu est significatif – 8,8 % – mais le produit devrait rester limité, au regard de celui de la taxe sur la publicité TV : 48,3 M€ vs 239,9 M€.
Afin d’augmenter le produit de cette taxe, éditeurs de chaînes de télévision (au titre de l’équité), producteurs ou auteurs (afin de mieux garantir le financement de la création) et finalement responsables du CNC (pour compenser la réduction attendue de la contribution des chaînes du fait de l’amendement Lavarde dans la Loi de Finances 2029) pourraient converger dans le sens d’une réduction de l’abattement de 66 % dont bénéficient aujourd’hui les plateformes de partage de vidéo, ainsi que l’analyse cette semaine Marc le Roy dans l’Insight NPA.
Il n’empêche. Au cumul des différents « guichets », le CNC prévoit une baisse de 4,9 % pour les recettes du compte de soutien. Confirmant que le basculement vers le streaming est loin de valoir avancée vers la pierre philosophale.
Constater que les sorties de films et séries originales sur Netflix se sont situées au premier trimestre au plus bas depuis… 2018, illustre que les éditeurs l’ont bien intégré, et s’attachent en conséquence à maîtriser leurs investissements dans les contenus. Les réductions d’effectifs régulièrement annoncées au sein des studios, par Disney par exemple, ces dernières heures, vont également dans le sens de la rationalisation des dépenses.
La façon dont Disney+ a avancé ses pions depuis l’été 2025 pour se positionner comme partenaire de référence des chaînes européennes, et tenter de prendre de vitesse Netflix et Prime Video, tel que l’analyse Gilles Pezet, témoigne qu’un contexte plus tendu peut aussi aider à reconsidérer le paysage concurrentiel et stimuler la créativité, pour inventer des schémas d’alliance qui auraient paru inimaginables il y a peu.
Cette capacité à innover sera précieuse si les prévisions du CNC se trouvent confirmées.

