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Blendle arrive aux Etats-Unis pour tenter de réconcilier les jeunes avec la presse écrite

Lancé en avril 2014 aux Pays Bas, Blendle permet à ses utilisateurs d’acheter à l’unité des articles de presse payants, via son site Internet et une application mobile dédiée. Baptisé le « iTunes de la presse » par ses créateurs en raison de son fonctionnement par micro-paiement, Blendle arrive sur le marché nord-américain avec le soutien des principaux titres de presse qui peinent à atteindre la jeune génération.

La presse écrite toujours en quête de monétisation en ligne

Contraint par la pratique généralisée des logiciels de type adblock à trouver de nouveaux modes de financement, le secteur de la presse écrite n’en finit pas de chercher le meilleur moyen de monétiser ses contenus en ligne. Aujourd’hui, 3 principaux business model ont été adoptés par les différents titres de presse afin de fidéliser leurs lecteurs par un abonnement payant :
– Le paywall-meter permet à chaque internaute de bénéficier de la lecture gratuite d’un nombre limité d’articles par mois, lecteur contraint à s’abonner s’il souhaite en consulter davantage. Ce modèle, mis en place par le New York Times dès 2011, d’abord avec 20 articles consultables par personne par mois puis 10, lui a permis de recruter près de 1,1 millions d’abonnés en ligne.
– D’autres titres de presse, tels que Le Monde en France ou Bild en Allemagne, ont privilégié le modèle du freemium en proposant des articles dont la consultation est gratuite et illimitée, à côté de contenus payants accessibles uniquement par le biais d’un abonnement.
– Enfin, certains sites plus rares ont mis en place un hard paywall qui interdit l’accès aux contenus du titre à toute personne n’étant pas titulaire d’un abonnement payant.
Mais ces modèles payants souffrent d’une offre gratuite qui se réinvente en parallèle avec le développement fulgurant du modèle du clickbait : la rédaction d’articles d’information aux titres aguicheurs, consultables gratuitement, dont l’objectif est d’attirer le plus grand nombre de visionnages afin de générer un maximum de revenus tirés de la publicité en ligne. Cette culture du « buzz », viralisée par les réseaux sociaux, a fait perdre à la presse écrite traditionnelle le monopole du contrôle de la distribution de l’information.

Blendle et son modèle de micro-paiement

Le business model proposé par Blendle, fondé sur le micro-paiement, permettrait aux médias de presse écrite de proposer une nouvelle approche dans leurs stratégies de distribution multi-volets comprenant pour le moment, en plus des abonnements en ligne, la mise à disposition d’articles gratuits sur Apple News (1), ainsi que la consultation d’articles de façon plus fluide et rapide via Facebook Instant Articles et le système AMP (2) de Google. De plus, la distribution d’informations via la vidéo courte se démocratise par l’intermédiaire de Discover mis en place par Snapchat. Dans ce marché bouillonnant et en pleine révolution, Blendle propose ainsi à ses utilisateurs des articles payants à l’unité, entre 10 et 90 centimes d’euros aux Pays Bas et en Allemagne (3), et entre 9 et 49 cents aux Etats-Unis, sachant que le prix, fixé par le titre de presse lui-même, varie selon la source de l’article (journal ou magazine) et son format (court ou long). Les gains tirés par ces transactions sont répartis entre l’éditeur de presse qui touche 70% des revenus, et la plateforme Blendle qui récolte les 30% restant. Les articles sont ainsi consultables via un site et une application ergonomiques, reprenant la typographie spécifique de chaque journal. Des fonctions sociales et adaptatives sont également intégrées avec la possibilité de partager des articles sur les réseaux sociaux, mais également des recommandations en fonction des articles déjà consultés. Enfin l’utilisateur a droit au remboursement de son achat d’articles s’il estime par exemple que le prix est trop élevé ou l’article trop court ou trop long, fonctionnalité utilisée pour 5% des articles ayant fait l’objet de transactions sur la plateforme de Blendle (Allemagne et Pays-Bas).

Les Millennials : le cœur de cible de la presse et de Blendle

Mais surtout, l’alternative à l’abonnement proposée par Blendle permettrait aux groupes de presse écrite de conquérir un public qu’ils n’arrivent toujours pas à atteindre : les Millennials. Ce groupe démographique qui a grandi avec Internet et les multiples sources d’information proposées en ligne, constitue en effet le cœur de cible de Blendle en proposant des articles de presse d’excellente qualité à un prix dérisoire, comme le fait iTunes pour la musique. De nombreux journaux néerlandais et allemands, parmi les plus prestigieux, ont compris cet enjeu en concluant un partenariat avec Blendle pour la vente à l’unité de leurs articles, à l’instar de NRC Handelsblad aux Pays-Bas, ou Der Spiegel, Die Zeit et De Volkskrant en Allemagne. Plus d’un an après son lancement dans ces deux pays, Blendle comptabilise déjà 600 000 utilisateurs dont plus de 50% ont moins de 35 ans. De plus, aucun de ces journaux ne constate de diminution de leur nombre d’abonnés payants, ce qui constituait pourtant la crainte des entreprises de presse françaises ayant refusé de contracter avec Blendle pour une éventuelle installation en France. Ce refus se justifiait également dans la déstructuration de la ligne éditoriale propre à chaque titre de presse qui serait le premier argument de vente des abonnements en ligne.
Lancé aux Etats-Unis il y a une semaine, Blendle se targue des nombreux accords de diffusion conclus avec les journaux et magazines les plus renommés : New York Times, Washington Post, Time, Wall Street Journal, The Economist ou encore Newsweek. S’il est encore trop tôt pour juger du succès de la plateforme outre-Atlantique, certains signes sont encourageants : alors que le site souhaitait 10 000 utilisateurs pour tester sa version beta jusqu’à l’été 2016 avant le lancement grand public, le nombre a été atteint en à peine une journée pour finalement s’établir à plus de 22 000 demandes. De plus, le journal New York Times vient d’annoncer que la possibilité de consulter gratuitement ses articles mis en ligne sur les réseaux sociaux sans aucun décompte, ciblant ainsi les Millennials principaux usagers de ces sites, se limite désormais à 10 articles par personne et par mois, ce qui était déjà le cas pour les internautes consultant le site du journal. Hasard ou coïncidence avec l’arrivée de Blendle aux Etats-Unis, le New York Times semble pousser les Millennials vers le modèle payant que ce soit via son offre d’abonnement payant ou via la plateforme néerlandaise, sachant que cette dernière avait été financée en 2014 à hauteur de 3 millions de dollars par le groupe allemand Axel Springer et… le New York Times.

(1) Apple News n’est disponible qu’aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Australie
(2) Accelerated Mobile Pages qui permet d’afficher plus rapidement une page web via un terminal mobile
(3) Les deux seuls pays européens où Blendle a été officiellement lancé

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