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La migration des talents de la télévision vers les plateformes OTT

Alors que la signature du contrat d’exclusivité entre la société de production de Shonda Rhimes et Netflix a été fortement relayée cet été, NPA Conseil revient sur les parcours des scénaristes et producteurs à succès, de leurs débuts à la télévision jusqu’à la consécration sur les plateformes OTT.

A l’antenne sur le network ABC depuis 2005, les séries produites par le studio de production Shondaland font le bonheur de la chaîne. En effet, un épisode de chacune est diffusée chaque jeudi soir de la semaine, rebaptisant la soirée de la chaîne « Thank God it’s Thursday ». La toute première d’entre elles, Grey’s anatomy diffusée depuis le dimanche 27 mars 2005, avait réuni en moyenne 18,46 millions de téléspectateurs en moyenne par épisode pour sa première saison aux Etats-Unis, confirmant ainsi le talent de Shonda Rhimes en tant que show-runner. Très vite, les aventures professionnelles et amoureuses des médecins du Seattle Grace Hospital deviennent un véritable succès populaire (13,8 millions de téléspectateurs en moyenne sur l’ensemble des 13 saisons aux Etats-Unis) renouvelant le genre de la série hospitalière dont Urgences avait fait les beaux jours de NBC. En parallèle, ABC laisse Shonda Rhimes étendre l’univers de Grey’s anatomy avec le spin-off Private Practice à l’antenne de 2007 à 2013, avant une nouvelle série sur l’univers des pompiers de Seattle prévue pour 2018, toujours sur ABC.

 Auparavant scénariste de quelques films à succès comme Crossroads[1] pour MTV mais aussi de Princesse malgré elle pour Disney, Shonda Rhimes se fait alors connaître, via Grey’s anatomy, auprès du grand public, celui-ci étant de plus en plus friand de ses trames narratives et de son montage ultra-efficace. Elle n’hésite pas non plus à mettre en avant des personnages issus des différentes minorités de la société américaine, qu’elles soient ethniques, religieuses ou sexuelles, avec des personnages principaux en grande partie féminins. Elle multiplie la formule dans de nouvelles séries qu’elle crée et/ou produit via sa société de production pour ABC, telles que Scandal ou How to Get Away with Murder. Cette dernière est lauréate de l’Emmy Awards 2015 de la meilleure actrice attribuée à Viola Davis, alors que l’actrice principale de Scandal, Kerry Washington, a été nominée deux fois pour cette même récompense.

Considérée par certains comme la nouvelle « reine de la télévision » aux Etats-Unis, malgré le flop de Off the map qui ne dura qu’une saison en 2011, Shonda Rhimes attire les diffuseurs et c’est avec Netflix qu’elle décide de signer un contrat de quatre ans en août 2017. Le service mondial de SVoD sera ainsi diffuseur exclusif des prochaines productions de Shondaland.

Malgré le coup médiatique que ce transfert a suscité pendant l’été, Shonda Rhimes est loin d’être la première à avoir fait ses armes à la télévision avant de basculer vers les opérateurs OTT. Ainsi, une partie des productions originales de Netflix a comme créateur ou producteur une personnalité issue de la télévision, comme par exemple Orange is the new black pour laquelle la show-runner Jenji Kohan le fut également pour la série Weeds diffusée sur Showtime de 2005 à 2012. C’est également le cas de Chris Bancato, scénariste d’épisodes de Hannibal pour Showtime ou de New York – Unité spéciale pour NBC, qui est ensuite devenu co-créateur de Narcos. Quant à Chelsea Handler, animatrice du late show Chelsea Lately sur E! de 2007 à 2014, elle produit désormais Chelsea, le premier talk-show diffusé sur Netflix avec au minimum un épisode inédit par semaine depuis 2016, ainsi qu’une série documentaire Chelsea does également pour le service de SVoD. Netflix diffusera à partir de l’année prochaine un second talk-show animé par le célèbre David Letterman qui eut son émission quotidienne Late Show with David Letterman pendant 22 ans sur CBS. Tina Fey, célèbre humoriste du Saturday Night Live (NBC) ainsi que créatrice de la série multi-récompensée 30 Rock également sur NBC, s’est vue proposer la diffusion exclusive de sa nouvelle création Unbreakable Kimmy Schmidt par le géant américain du streaming depuis 3 ans.

Toujours dans le domaine de la comédie, Aziz Ansari, acteur découvert dans Parks and Recreation sur NBC, a également eu droit à sa propre série, dénommée Master of None, qu’il a lui-même créée et dans laquelle il joue le personnage principal, sur Netflix.

Pour ses séries originales, Amazon a fait également appel à des talents issus de la télévision. Ayant débuté sur les networks américains payants comme HBO pour Six Feet Under et How to make it in America ou Showtime avec The United States of Tara, Jill Soloway fait aujourd’hui partie des scénaristes et producteurs de Transparent depuis les débuts de la série, mais aussi de I Love Dick disponible aussi sur Amazon. Quant à Franck Spotnitz, après avoir été aux manettes de X-Files pendant quatre ans pour la chaîne Fox, il est aujourd’hui producteur de The Man in the High Castle pour la plateforme de streaming de Jeff Bezos.

 

 

Amazon fait également appel aux talents du cinéma qui souhaiteraient s’aventurer dans une aventure sérielle. Ainsi Mozart in the Jungle est notamment l’œuvre de Paul Weitz, producteur entre autres de Pour un garçon et American Pie : Marions-les, ainsi que de Roman Coppola qui a produit dans le passé A bord du Darjeeling Limited et The Bling Ring. L’un des acteurs fétiches de films de Wes Anderson, Jason Schwartzman, est également à la production de la série. Mais le gros coup d’Amazon fut le financement et la diffusion exclusive de la série de Woody Allen Crisis in Six Scenes. Même si la série ne fut pas reçue de la meilleure des façons par la critique, le fait de recruter le réalisateur new-yorkais a permis à la plateforme de bénéficier de sa renommée internationale pour promouvoir son service de streaming[2]. Son principal concurrent mise également de plus en plus sur les talents du cinéma

 à l’image de Damien Chazelle, réalisateur de La La Land, qui réalisera une série en huit épisodes baptisée The Eddy dont le tournage prendra place en France. Prévue pour 2018 sur Netflix, la série suivra un club de jazz parisien détenu par 2 propriétaires, l’un Américain l’autre Français. Auparavant, Baz Luhrmann, réalisateur de Romeo+Juliet et de Moulin Rouge, avait réalisé la série musicale de 11 épisodes The Get Down dont la production avait coûté 120 millions de dollars au total. C’est également sur Netflix que Judd Appatow propose la série Love depuis 2016 en parallèle de la production de Girls et de Crashing sur HBO. Enfin, la mini-série The Ballad of Buster Scruggs des frères Cohen sortira sur le service en 2018.

[1] Premier film de Britney Spears

[2] Amazon Studios avait produit le film de Woody Allen Café Society et assurera la production et la distribution de son prochain Wonder Wheel.

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