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Des résultats annuels à la hausse pour TF1 et M6

Dans la continuité de l’exercice 2017, les groupes M6 et TF1 viennent de publier à quelques jours d’intervalle de solides résultats annuels. Les deux leaders de l’audiovisuel privé français affichent de belles performances sur leur cœur de métier tout en prouvant leur capacité à faire évoluer leur modèle économique en investissant de nouveaux territoires de croissance.

TF1 : des résultats en hausse et un cap maintenu

  • Le Groupe TF1 poursuit sa marche en avant

Vendredi 15 février, le groupe présidé par Gilles Pélisson présentait ses résultats 2018. Après une année 2017 marquée par un niveau de rentabilité à la hausse et la réduction de la dépendance vis-à-vis de la publicité, le leader de l’audiovisuel français confirme en 2018 qu’il est sur la bonne voie pour atteindre son double objectif : afficher un taux de marge opérationnelle courante à deux chiffres fin 2019 et accélérer sa politique de diversification.

Sur l’année écoulée, le groupe TF1 génère un chiffre d’affaires de 2,288 milliards d’euros, en hausse de 7,3% en un an, soit +156 millions d’euros par rapport à 2017. Le résultat opérationnel courant progresse de 10 M€ à 196 M€. La filiale de Bouygues affiche un taux de marge opérationnelle courante stable par rapport à 2017 : 8,6% contre 8,7% un an plus tôt. Hors coût lié à l’acquisition de la Coupe du Monde de football (72 M€), ce taux s’élève à 11,7%. Après avoir été multiplié par plus de trois en 2017, le bénéfice net est en recul fin 2018 avec un total de 128 M€, soit une baisse de 6,2% en un an. Hors impact de la cession de la participation dans Groupe AB en 2017, le résultat net est toutefois en progression sur un an.

Compte de résultat consolidé du Groupe TF1

Source : Publications financières Groupe TF1

  • Une croissance portée par les acquisitions dans le digital

Les bonnes performances du groupe TF1 en 2018 s’expliquent à la fois par le maintien de la croissance de l’activité publicitaire (TV et numérique), par les accords de distribution noués avec l’ensemble des opérateurs et par la poursuite de la stratégie de diversification (studios et digital) avec notamment l’acquisition d’Aufeminin en mai dernier.

Chiffre d’affaires consolidé par segment du Groupe TF1

Source : Publications financières Groupe TF1

  • L’apport des accords de distribution avec les opérateurs télécoms et Canal+

Malgré un quatrième trimestre en recul – marqué par l’impact du mouvement des « gilets jaunes » – les recettes publicitaires des cinq chaînes en clair sont en croissance pour la troisième année consécutive (+1,2% à 1,502 milliard d’euros). Une performance rendue possible par la nouvelle progression des audiences, en particulier sur les cibles-clés. Deux ans après le repositionnement de ses chaînes TNT, la stratégie multichaînes du Groupe continue de porter ses fruits : le groupe renforce son leadership sur la cible stratégique des FRDA<50 avec 32,6% de PdA (+0,3pt) et séduit les cibles jeunes avec 33,8% de PdA sur les 15-24 (+1,1pt) et 30,3% sur les 15-34 (+1,3pt). Sur la cible FRDA<50, la chaîne TF1 affiche sa PdA la plus élevée depuis 2015 à 22,5% (+0,4pt). Cette année encore, la première chaîne privée d’Europe s’accapare 91 des 100 meilleures audiences de l’année dans l’Hexagone, dont la première place avec la finale de la Coupe du Monde de football (19,4 M de tvsp).

Le pôle « Antennes » bénéficie par ailleurs de l’évolution du modèle du groupe cette année avec la contribution des revenus résultant des accords avec les opérateurs télécoms et Canal+. Après de longs mois de négociations, les redevances facturées à l’ensemble des opérateurs pour la diffusion de ses chaînes gratuites et l’intégration des services associés du Groupe (replay TV, start-over…) ont un effet favorable sur l’activité. Au total, le pôle « Antennes » génère 1,764 milliard d’euros de chiffre d’affaires, soit 46 M€ de plus qu’en 2017 (+2,7% en un an).

Le groupe poursuit en outre sa politique de réduction des coûts des grilles de ses cinq chaînes en clair. Si le coût des programmes est repassé au-dessus de la barre du milliard d’euros en 2018 (1,014 Md€), c’est parce qu’il inclut les coûts d’acquisition d’événements sportifs exceptionnels comme la Coupe du Monde de Football. Les coûts des programmes récurrents s’élèvent ainsi à 943 M€, soit un total inférieur aux 960 M€ fixés par an en moyenne pour la période 2018-2020. Le Groupe a d’ailleurs profité de cette communication financière pour revoir son objectif qui est désormais de 990 M€, y compris événements sportifs majeurs pour la période 2019-2020.

  • Le poids du nouveau pôle digital Unify

Axe majeur de la stratégie du Groupe, la diversification des activités s’opère progressivement : les revenus « hors publicité des chaînes en clair » s’élèvent à 786 millions d’euros et comptent désormais pour 34% du CA consolidé, contre 30% en 2017 et 29% en 2016. Une performance portée par la politique de croissance externe qui booste à la fois les revenus et la rentabilité du groupe. Elle confirme surtout, avec un an d’avance sur l’ordre de marche initial, l’atteinte de l’objectif d’au moins un tiers des revenus issus de la stratégie de diversification.

L’année 2018 a été l’occasion pour TF1 de procéder à une nouvelle décomposition des secteurs en faisant dorénavant apparaître un pôle « Digital » (hors OTT et replay TV) dans ses publications financières. Les revenus de ce nouveau pôle baptisé Unify s’élèvent à 116 millions d’euros sur l’ensemble de l’année, notamment grâce à la contribution, depuis mai 2018, de la société Aufeminin[1] (Marmiton, My Little Paris…). Le taux de marge opérationnelle courante de ce secteur est de 10,4%, impacté par les coûts liés à l’opération de rachat du groupe Aufeminin. Les revenus du pôle Unify sont estimés aux alentours de 250 M€ à l’horizon 2021.

Plus conséquents pour l’heure, les revenus « Studios et Divertissement » atteignent 409 M€ en 2018, en léger recul par rapport à 2017 (-1,5%). Si l’activité de Newen Studios poursuit son expansion avec notamment l’acquisition de deux sociétés en Europe (Nimbus au Danemark et Pupkin aux Pays-Bas) et la production de contenus pour Amazon et Netflix, celle de TF1 Studios souffre de performances moindres de ses sorties en salles et d’une nouvelle baisse des ventes de DVD/Blu-ray.

M6 : une nouvelle année record, portée par la publicité et la pleine intégration des radios du groupe RTL

  • M6 maintient sa dynamique de croissance soutenue

Le groupe M6 a annoncé mardi 19 février de nouveaux résultats record avec un chiffre d’affaires consolidé en progression de 7,3% à 1,421 milliard d’euros (soit 62% du CAC du groupe TF1 en 2018). Le résultat opérationnel courant consolidé ressort à 266 millions d’euros (+4,9% par rapport à 2017), nouveau plus haut historique du groupe après une année 2017 déjà exceptionnelle. La marge opérationnelle courante est en léger recul à 18,7%, contre 19,2% un an plus tôt, mais reste nettement supérieure à celle de ses concurrents. Le résultat net s’établit quant à lui à 182 millions d’euros, en hausse de 14,8% sur un an. Ce dernier inclut les plus-values sur les cessions de monAlbumPhoto (+12,4 M€) et du club de football des Girondins de Bordeaux (+2,4 M€).

Compte de résultat consolidé du Groupe M6

Source : Publications financières Groupe M6

  • Publicité, accords opérateurs et intégration pleine du pôle Radio au cœur de la belle année du groupe M6

Dans le détail, le chiffre d’affaires publicitaire du groupe progresse de 12,6% et franchit la barre du milliard d’euros (1,067 Md€). Une performance qui reflète la dynamique de croissance des audiences en télévision et sur univers web. Il s’agit là encore du plus haut niveau jamais atteint par le groupe M6.

Au sein d’un marché publicitaire TV toujours plus concurrentiel et dans un contexte défavorable pour le groupe (Coupe du Monde de football diffusée sur la chaîne rivale, environnement social difficile de fin d’année), les chaînes gratuites voient leurs recettes croître de 0,5% à 834 M€. La part d’audience moyenne du bouquet de chaînes gratuites est en léger recul sur l’ensemble des téléspectateurs à 13,3% (contre 13,8% en 2017) comme sur la cible commerciale des FRDA<50 à 21,4% (contre 22,3% un an plus tôt). La chaîne M6 maintient néanmoins son rang de deuxième chaîne nationale sur cible avec 15,0% de PdA sur les FRDA<50.

En parallèle, le groupe poursuit ses investissements dans l’offre de contenus de ses chaînes tout en maîtrisant les coûts de sa grille. Le coût des programmes des chaînes gratuites s’élève ainsi à 466 millions d’euros en 2018, contre 461 M€ un an auparavant.

Chiffre d’affaires consolidé par segment du Groupe M6

Source : Publications financières Groupe M6

L’activité publicitaire, boostée par ailleurs par la progression de 6play (25M d’inscrits en OTT et 1,4Md de vues sur l’année), reste le cœur de métier du groupe et compte pour 75% de la structure du CA consolidé (+3pts en un an). Les revenus non publicitaires sont en revanche en recul de 5,9% entre 2017 et 2018. Ces derniers sont dominés par le pôle « Diversifications » qui génère 211 M€ au cours de l’année écoulée, en recul de 10,6% par rapport à 2017. Malgré le dynamisme de M6 Digital Services (ex-M6 Web), les activités de diversification sont pénalisées par Ventadis dont le CA et l’EBITA reculent en raison notamment de la cession de monAlbumPhoto. En dépit du succès du film Astérix : Le Secret de la Potion Magique sur grand écran, l’activité « Production & Droits audiovisuels » enregistre une baisse plus marquée à -20% pour un CA de 77 M€ sur l’année. Une tendance qui s’explique avant tout par un line-up moins puissant : les films distribués par SND cumulent ainsi 8,8 millions d’entrées contre 10,7 M en 2017.

Si aucune précision n’a été donnée, les revenus issus des négociations avec les opérateurs pour la reprise des chaînes gratuites et de leurs services associés constituent un apport supplémentaire bienvenu.

Enfin, la bonne année du groupe M6 s’explique également par la pleine intégration des radios du groupe RTL (RTL, RTL2, Fun Radio), premier groupe de radio privé de France. Un changement effectif depuis le 1er octobre 2017 et qui se traduisait cette année-là par une contribution de 54 M€ dans les comptes du groupe. En année pleine, les revenus du pôle « Radio » sont multipliés par trois pour un total de 167 M€.

Chiffres d’affaires par secteur d’activité du Groupe M6

Source : Publications financières Groupe M6

La cession en 2018 de deux actifs jugés « non stratégiques » (Girondins de Bordeaux et monAlbumPhoto) permet au Groupe M6 de retrouver sa pleine capacité d’investissement. Une situation qui doit lui permettre de poursuivre sa stratégie de recentrage sur son cœur de métier avec une nouvelle opération en 2019. Le 31 janvier, le groupe est en effet entré en négociations exclusives avec le groupe Lagardère pour acquérir son pôle TV (hors Mezzo) qui comprend notamment Gulli et les chaînes payantes Canal J et Tiji. Une opération qui lui permettrait de se renforcer sur le segment porteur des programmes linéaires et à la demande pour enfants[2].

 

[1] Le pôle Unify regroupe également les activités des sociétés Neweb, Studio71, TF1 Digital Factory, Vertical Station, Doctissimo et Gamned!

[2] https://insight.npaconseil.com/2019/02/06/les-chaines-tv-et-services-ott-de-lagardere-active-dans-le-giron-de-m6/

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