Rendre une copie solide ne met pas à l’abri de la mauvaise humeur de la bourse. Maxime Saada s’en est peut-être fait la réflexion, après que l’action a perdu près du quart de sa valeur en deux jours, après la présentation des comptes du groupe pour 2025. Les résultats de ce dernier se situent « au-delà des attentes pour le périmètre « historique » de Canal+, [intègrent] des synergies très au-delà des attentes et cela dès la première année, [marquent] une amélioration de la profitabilité en Europe et le retour de la rentabilité en France [et s’accompagnent] de nouveaux partenariats stratégiques », a pointé le président du directoire dans Les Echos. Et s’agissant du seul marché français, la direction de Canal+ peut encore se targuer d’avoir soldé son litige fiscal (sur les taux de TVA des abonnements), renouvelé les droits de la Ligue des champions, pris une participation structurante dans UGC, signé un nouvel accord avec le cinéma français…
A lire les commentaires des analystes, la grogne des marchés trouve sa source dans les efforts que Canal+ a annoncé devoir consentir pour redresser Multichoice, à commencer par l’injection de 100 M€ supplémentaires dans sa filiale sud-africaine. Mais dans les territoires historiques de Canal+ aussi, et quelle que soit la qualité de la stratégie mise en œuvre, il est difficile de ne pas noter la dynamique limitée que traduisent ces résultats : une base d’abonnés augmentée de 6,4 % (+1 million, à 18,3 millions), mais seulement +1,1 % de croissance du chiffre d’affaires en Europe, notamment. L’élargissement du parc s’accompagne donc d’une baisse du revenu par abonné. Et c’est le lancement d’une offre d’entrée de marché comportant de la publicité qui a été le premier des trois leviers de croissance mentionnés par les dirigeants de Canal+ lors de la présentation des résultats 2025.
En s’ajoutant à la (très) longue liste des acteurs qui vont chercher la croissance du côté de la publicité plutôt que de l’abonnement… et au risque de l’engorgement.
Lancement de Pluto TV sur le marché français en janvier 2021, et multiplication des bouquets d’AVoD et de FAST (Samsung TV Plus, LG Channels, Rakuten TV, Molotov Channels…), apparition des forfaits avec publicité des Netflix (novembre 2022), Disney+ (novembre 2023), Prime Video (avril 2024), optimisation des appli smart TV de YouTube et de TikTok et arrivée attendue de celle d’Instagram, d’une part, montée en puissance des plateformes de BVoD, de l’autre, le front de la CTV est en perpétuel mouvement. Les alliances, parfois contre-intuitives, se chargent de l’animer encore, avec la monétisation de l’audience par la publicité comme objectif commun à l’ensemble des protagonistes.
Si l’analyse portant sur les 5 principaux marchés européens que NPA Conseil publiée ce 13 mars confirme que le téléviseur concentre environ 80 % des usages audiovisuels, avec des variations très limitées entre l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie ou le Royaume-Uni, elle témoigne aussi de la tendance à l’érosion du temps vidéo et, partant, de l’inventaire à partager. Elle pointe également qu’en 2025, la progression du display vidéo n’a pas compensé dans ces différents marchés la baisse du chiffre d’affaires publicitaire réalisé en TV linéaire, et que les revenus de l’ensemble TV + Display ont donc reculé.
Difficile avec le climat de crise dans lequel le marché évolue depuis de longs mois, de distinguer effets conjoncturels et tendances plus structurelles. Il n’empêche. C’est bien une baisse de -8,1 % des revenus publicitaires de la télévision qui a été confirmée ce 12 mars pour 2025. Les mouvements de concentration sont alors l’un des moyens par lesquels le marché aboutit à un nouvel équilibre. Chacun à sa façon, le rachat de Warner Bros Discovery par Paramount ou la réunion annoncée de Banijay et All3Media en apportent une nouvelle illustration.
Et la France ? Nul doute que rapprochement rimerait avec assainissement. Reste, pour les responsables politiques et les régulateurs à lever les obstacles pour rendre possible la consolidation.

