Les contraintes paraissent plus supportables en période de prospérité. Le truisme a aussi son revers : c’est aussi à la multiplication des points de tension que l’on peut pressentir l’intensité des crises. Et c’est aussi au figuré que la température a fortement augmenté ces derniers jours, de la plainte de l’ADMTV (ex-SNPTV) devant la Commission européenne, contre les limitations que la France impose au secteur de la distribution en matière de publicité TV, à la tentative de la presse d’information politique et générale de détourner à son seul profit l’une des recommandations clé des États Généraux de l’Information, en passant par la rupture des accords de distribution entre Canal+ et TF1, concernant les chaînes thématiques du second en France, et l’ensemble de ses antennes en Afrique, ou encore le recours de Netflix, Prime Video et Disney+ contre les obligations nouvelles en matière d’investissement dans le documentaire, l’animation et le spectacle vivant (Lire sur la plateforme Insight NPA :Le décret imposant aux SMAD par abonnement des investissements dans les genres audiovisuels est-il illégal ?).
Alors que la dérive du marché publicitaire se poursuit, vers YouTube, les réseaux sociaux, et autres plateformes qui n’investissent pas dans la création, et que les financements publics ne jouent plus le rôle de stabilisateurs de l’économie du secteur, la valeur est naturellement au cœur de ces différents points de friction. Pour tenter d’accroître le montant collecté (permettre à la distribution de communiquer sur ses opérations de promotion dans les écrans TV, ou demande d’un fléchage « administré » d’une partie des investissements des marques dans le digital vers la presse IPG) ou, a minima, d’être plus libre dans la façon de répartir les ressources disponibles (l’obligation pour les plateformes de SVoD de consacrer au moins 20 % de leurs investissements dans la production audiovisuelle à l’animation, au documentaire ou au spectacle vivant).
Sur ce dernier point, on pourrait être tenté de sourire que le sujet des asymétries réglementaires se pose, pour une fois, dans le sens de contraintes plus lourdes pour les plateformes que pour les chaînes de télévision. La réalité est que la ligne de démarcation passe aujourd’hui davantage entre chaînes et SVoD vs YouTube et réseaux sociaux, qu’entre streaming dans sa globalité, et télévision.
Au-delà de la nature des services (Vidéo à la demande sur abonnement, selon la terminologie de l’Arcom, vs télévision), le recours de Netflix, Prime Video et Disney+ contre la modification du décret SMAD devrait aussi amener les magistrats à se réinterroger sur la marge de manœuvre des autorités françaises, sur des acteurs qui ne sont pas domiciliés en France, au regard du (presque) sacro-saint principe du pays d’origine dans le droit communautaire.
Alors que l’annonce de la plainte de l’ADMTV a déjà suscité une brassée de réactions hostiles aux allures de déjà vu, il est difficile de nier que le secteur des médias, dans son ensemble, est la première victime d’un immobilisme réglementaire qui fait le jeu de Google, Meta ou encore TikTok.
La remise des conclusions des États Généraux de l’Information atteindra le 12 septembre son 2e anniversaire. L’occasion de remettre sur la table l’avant-projet de loi que le ministère de la Culture avait rédigé pour en transcrire les propositions ? L’occasion pour les pouvoirs publics de mettre autour d’une table les représentants de la presse, de la radio, de la télévision et pure players de l’information digitale pour rechercher les voies de la création de valeur partagée, plutôt que de confrontations maintes fois répétées ?
Excès de naïveté imputable à la chaleur ambiante ? Cette version modernisée du principe selon lequel l’union fait la force pourrait en tout cas redonner un peu de couleur à l’ensemble des médias.

