L'édito de Philippe Bailly

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Compagnons IA : près de 350 applications, et un marché en plein essor particulièrement investi par les jeunes publics

L’Observatoire de l’IA de Paris 1 Panthéon-Sorbonne définit les IA compagnons « comme des systèmes d’IA dotés d’interfaces en langage naturel, produisant des réponses personnalisées et anthropomorphiques. Ils sont conçus pour simuler des interactions interpersonnelles ou émotionnelles durables. Les usages de ces IA dépassent les seuls services « d’amis virtuels » (compagnons IA), ils se retrouvent aussi dans des agents conversationnels généralistes (comme ChatGPT), les réseaux sociaux, les jeux vidéo, ou encore les jouets connectés, touchant particulièrement les jeunes publics ».

Le « compagnon IA » désigne ainsi tantôt une catégorie de produits (les apps dédiées), tantôt un usage (relationnel/affectif) qui peut aussi se déployer sur des outils non conçus pour ça (comme les IA généralistes). Le segment compagnon IA est en fait un sous-marché des IA conversationnelles dont le marché est évalué à 14,3 Mds$ en 2025 et devrait atteindre 41,39 Mds$ d’ici 2030 (données Grand View Research).

Si les services de compagnon IA font nettement moins parler que les IA généralistes comme ChatGPT, Claude ou Gemini, leur usage, notamment chez les mineurs, est loin d’être négligeable. Dans la première édition de son Baromètre de l’audience des services d’intelligence artificielle, l’Arcom, sur les données de Médiamétrie (Médiamétrie Netratings), affirme qu’un compagnon IA consiste le deuxième service le plus fréquenté par les 12-17 ans avec 269 000 visiteurs uniques mensuels en 2025, derrière ChatGPT (3,03 millions).

Plus surprenant, un site compagnon IA capte près de 15h49 mensuelles par utilisateur mineur (largement plus que tout autre service).

Parmi les principales applications de compagnon IA, Character.AI en est certainement la plus connue. L’application qui compte environ 20 millions d’utilisateurs actifs et 180,7 millions de visites en avril 2026 a conclu un accord avec Google en août 2024. Dans le cadre de cette opération, les cofondateurs Noam Shazeer et Daniel De Freitas, ainsi qu’une partie de l’équipe de recherche, ont rejoint Google DeepMind. En parallèle, Google a obtenu une licence non exclusive sur les technologies développées par Character.AI, en échange d’un accord dont le montant est estimé à 2,7 Mds$.

Dans son rapport, l’Arcom alerte sur l’intégration de l’IA aux pratiques pornographiques des mineurs. En février 2026, parmi les sites adultes visités par les 12-17 ans, un site classé seulement 263e en visiteurs uniques figurait à la 4e place en temps total passé au sein de cette population. Sur le modèle des compagnons, certaines plateformes d’IA conversationnelle permettent de créer et d’animer des personnages virtuels dans des contextes à caractère érotique, mêlant génération de dialogues et contenus pornographiques. Le décalage entre un faible nombre de visiteurs et un temps d’usage élevé trahit une consommation concentrée et profonde, qui semble échapper aux dispositifs de protection existants.

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