L'édito de Philippe Bailly

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Piratage sportif : le blocage en temps réel, une avancée réelle face à des effets de bords contestés

Dans un entretien aux Echos, sur le sujet de la lutte contre le piratage du sport et du cinéma, le président de l’Arcom Martin Ajdari a annoncé l’objectif d’une mise en place effective du dispositif de blocage en temps réel des flux illégaux dès janvier 2027. Avant cela, l’Autorité avait prévu de bloquer 175 sites pirates pour la reprise de la Ligue des champions le 8 septembre, et a testé le lendemain, pour la première fois sur cette compétition, le blocage de 139 adresses IP illégales. Cette pratique avait déjà été testée cette année lors de Roland-Garros (10 blocages), Wimbledon (290) et la Coupe du monde (350). À noter qu’une même adresse IP, celle du serveur qui diffuse le flux, peut alimenter plusieurs sites et services illégaux : la bloquer permet de bloquer l’accès à la source qu’ils ont en commun, là où le blocage des noms de domaine se heurte à leur facilité de remplacement, un nouveau nom pouvant être créé en quelques minutes pour pointer vers le même serveur. Le blocage IP peut en outre atteindre certaines applications IPTV, qui se connectent directement aux serveurs sans nécessairement passer par un nom de domaine. Ces blocages IP, rendus possibles par de « longs efforts de conciliation », « notamment de la part des fournisseurs d’accès et des ayants droit », s’ajoutent donc aux blocages de sites et noms de domaine, qui ont contribué à faire reculer de 70 % le piratage par streaming en direct depuis 2021, avec plus de 20 000 sites bloqués dont 8 325 en 2026 seul. Le piratage par IPTV, lui, continue de progresser : son taux de pénétration dans les foyers est passé de 5 % à 7 % en quatre ans, selon l’Arcom.

La prochaine étape majeure est donc le blocage en temps réel, permis par la loi sur le sport professionnel adoptée en juillet dernier, qui autorisera les ayants droit à notifier directement aux opérateurs télécoms de bloquer un flux, sans attendre l’aval du régulateur (contre plusieurs heures, voire plusieurs jours, aujourd’hui). L’Arcom définit actuellement les modalités de saisine et les spécifications techniques applicables aux opérateurs et aux ayants droit, avec l’objectif d’un dispositif opérationnel en janvier 2027.

Martin Ajdari met également en avant la nécessité d’encadrer le dispositif pour éviter les dérives observées en Espagne et en Italie, où de nombreux sites légitimes ont été rendus inaccessibles par erreur, jusqu’à Google Drive en Italie, parce que les blocages visaient des adresses IP mutualisées, en particulier celles de Cloudflare. Il indique également qu’un ayant-droit opérant des blocages abusifs, et s’« il ne corrige pas le tir », se verrait interdire l’usage du système.

En Italie, avec le Piracy Shield, 43 % des utilisateurs ayant rencontré un blocage se seraient ensuite tournés vers des offres légales, tandis que 10 % continueraient à contourner les blocages au moyen de VPN.

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