Le site Wikipedia définit les quarantièmes rugissants comme « le nom qui a été donné par les marins aux latitudes situées entre les 40e et 50e parallèles dans l’hémisphère Sud, appelées ainsi en raison des vents forts établis, venant majoritairement de l’ouest ».
On se souvient plus trivialement de la publicité pour les barres Lion, qui faisaient « rugir de plaisir ». Pas sûr que ce soit le plaisir qui domine, alors que la Loi Léotard a fêté ce mercredi – dans la discrétion – son 40e anniversaire.
Rugissement de lassitude, d’abord. « L’écosystème audiovisuel a radicalement changé, et on le régule encore, en grande partie, avec des règles d’avant Internet », s’agace un dirigeant du secteur cité par Le Figaro. Mais quand le quotidien titre par une autre citation, affirmant qu’« une refonte de la loi Léotard est urgente ! », c’est un double quinquennat blanc, ou presque, qui s’achèvera au printemps 2027. L’amélioration du dispositif de lutte contre le piratage (jusqu’aux derniers perfectionnements que la Loi Lafon du 3 août 2026 a rendu possibles), et l’assujettissement des plateformes de SVoD à des contraintes de contribution à la production font exception. Mais ce dernier résulte avant tout d’un texte européen (la directive SMA) et, s’il garantit le financement de la création, il ne règle rien aux asymétries que subissent les éditeurs – Arte, Canal+, CMA Media, France Télévisions, M6, TF1… – nationaux.
Rugissement de colère, ensuite, à voir l’escadrille qu’évoquait Jacques Chirac boucher l’horizon de la rentrée. Des quatre sujets que nous relevions il y a une semaine (passage à 20 % du taux de TVA auquel est soumis Canal+, amputation des financements de l’audiovisuel public, absence totale de réponse des pouvoirs publics aux demandes du secteur, et interdiction de la publicité pour les lunettes et les prothèses auditives), la dernière a finalement été écartée. Pas une création de valeur, donc, le secteur est juste parvenu à une « non-destruction ». Et dans le même temps la liste s’est allongée des rumeurs inquiétantes sur le financement du CNC, à l’aube de l’arrivée du projet de loi de Finances devant le Parlement.
Rugissement d’impuissance, enfin, à considérer la façon dont cinq mots – « principe du pays d’origine » –constituent une sorte de règle d’or de la Commission européenne autant qu’ils limitent les marges de manœuvre des autorités nationales. Le Président de la République en a fait les frais à propos de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ; le dispositif sur les SIG élaboré par l’Arcom s’en trouve réduit à l’impuissance, alors qu’il est supposé garantir la visibilité des chaînes de la TNT dans les environnements numériques ; une bonne partie des actions de réduction des asymétries juridiques s’en trouvent empêchées (par exemple la réduction de l’écart entre les quotas d’exposition des œuvres européennes : 60 % pour les chaînes et les SMAD français vs 30 % pour les grandes plateformes de streaming américaines).
Et pourtant… c’est aussi de rugissements de mobilisation et de détermination que le secteur a aujourd’hui besoin : l’article 33 de la directive SMA prévoit que « le 19 décembre au plus tard (…) la Commission soumet au Parlement européen et au Conseil une évaluation ex-post de l’impact de la présente directive et de sa valeur ajoutée, accompagnée, le cas échéant, de propositions en vue de sa révision ». A défaut d’avoir entrepris la réforme de la loi Léotard, il est essentiel que le gouvernement mette tout son poids pour confirmer la réouverture de la Directive, mais aussi en piloter / négocier l’évolution.
C’est aussi de rugissements de conviction dont l’audiovisuel a besoin aujourd’hui.
PS : ce vendredi 2 octobre, l’anniversaire que nous célèbrerons est beaucoup moins prestigieux, mais il nous tient à cœur pour des raisons facilement compréhensibles : les 25 ans de NPA Conseil. Deux décennies et demie à s’employer à décrypter les transformations de l’économie des médias, sous les coups de boutoir de la révolution numérique… Nous espérons vous retrouver nombreux pour la matinée d’échanges qui saluera ce cap. Comme nous vous souhaitons nombreux à apprécier le livre Révolution numérique, acte II qui paraîtra ce vendredi, également. Un immense merci aux 24 contributeurs qui ont accepté d’y partager leurs visions : Martin Ajdari, Raphaël de Andreis, Fabrice Bakhouche, Rodolphe Belmer, Christien Bombrun, Eric Brion, Yannick Carriou, Philippe Coen, Isabelle Degeorges, Delphine Ernotte, Mathias Hautefort, Hélène Etzi, Aymeric Genty, Laurent Lafon, Claire Léost, François Nicolon, Gautier Picquet, Alexandre Portier, Cécile Rap Veber, Justine Ryst, Hervé Rony, Marie-Christine Saragosse, Hortense Thomine-Desmazures et Matthieu Viala.

