L'édito de Philippe Bailly

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6 juin, 15 juin : la TNT entre anniversaire et questions existentielles

Le 6 juin, la TNT fêtera le premier anniversaire de sa nouvelle numérotation, et du lancement de T18 (l’autre chaîne retenue en 2024, NOVO19, ayant démarré ses programmes le 1er septembre) ; l’Arcom a fixé au 15 juin la date limite pour contribuer à sa Consultation publique sur l’avenir de la TNT et du média télévisuel, première étape du processus de remise en jeu des 6 autorisations attribuées en 2012 (à TF1 Séries Films, L’Equipe, 6ter, RMC Story, RMC Découverte et à Chérie 25, devenue RMC Life), et première brique vers la publication du Livre Blanc, opportunément prévue au premier semestre 2027. Celui-ci pourra nourrir la réflexion des candidats à l’élection présidentielle et les décisions de l’équipe de celui ou celle qui sera élu(e).

Du coup d’œil dans le rétroviseur, on peut d’abord retenir la résistance des chaînes de la TNT comme socle de la consommation audiovisuelle. D’après les données de Médiamétrie, leur diffusion en linéaire représentait en 2025 61 % du temps vidéo des Français, tous écrans et toutes plateformes confondues, et environ les deux tiers si l’on y ajoute la BVoD.

Si la TNT n’en est pas encore à la remontada, on note aussi que les audiences du premier trimestre 2026 marquent un ralentissement dans l’érosion de l’audience linéaire, notamment sur les cibles commerciales (Frda 15-49 et 25/49 ans ; lire [Insight NPA] : audiences en hausse au T1 2026 pour France Télévisions, en BVoD et en linéaire), à un moment où le live vit un retour en grâce général, de la part des streamers (gratuits et payants) particulièrement.

Au travers de la numérotation de la TNT, l’année qui vient de s’écouler vaut aussi confirmation de l’importance de la visibilité dans les environnements numériques. Sans nier aux dirigeants de LCI et de franceinfo: le talent avec lequel ils ont managé leurs chaînes ces derniers mois, il est difficile de ne faire aucun lien entre leur avancée dans le plan de service (en 15 et 16, au sein du nouveau bloc info) et le fait qu’elles sont les deux seules à afficher des parts d’audience supérieures en mai 2026 (3,4 % à elles deux) qu’en mai 2025 (2,6 %).

De la même façon, et avec les mêmes concessions aux qualités des chaînes, on constate une corrélation presque parfaite entre part d’audience des chaînes et place dans le plan de service.

Si l’on quitte le rétroviseur pour se tourner vers le pare-brise, et la Consultation de l’Arcom, cela ne fait que renforcer l’importance du sujet des SIG (services d’intérêt général), auxquels l’Autorité consacre près du quart de ses 25 questions. À ce stade, la « super application » proposée par le régulateur en septembre 2024 s’est heurtée à une double limite, de capacité des acteurs français à s’entendre pour en assurer le développement et la gestion, et de capacité juridique à l’imposer aux plateformes OTT dont le siège n’est pas situé en France. C’est-à-dire toutes ou à peu près.

La remarque donne tout son sens à la question n°10 de l’Autorité, sur la façon, « dans l’hypothèse d’une extinction de la TNT (…) de transposer à un environnement hors TNT les avantages indirects qu’elle procure aujourd’hui [et de] définir des critères (…) pour assurer la visibilité des services ». Quelle que soit la solution imaginée, une mise en œuvre efficace semble difficilement dissociable d’une évolution au niveau européen, à la faveur du réexamen de la Directive SMA. La disposition sur les SIG qui y figure aujourd’hui (une simple faculté donnée aux États membres) pourrait y être renforcée, de même que la compétence des États membres pour la mettre en œuvre (en dérogeant sur ce sujet au principe du pays d’origine).

Dans la phase de maintien de la TNT, mais pour une population de plus en plus réduite (moins de 15 % de foyers qui y recourent à titre exclusif), réduire le niveau de couverture assuré par les éditeurs, ne serait-ce qu’en revenant au seuil figurant dans la loi (95 %) permettrait d’alléger les coûts de diffusion et rendrait le bargain coûts liés à la présence en TNT (coûts de diffusion, contraintes de programmation, contribution à la production…) / avantage qu’elle procure en termes de proéminence, un peu plus équilibré.

Restera, à moyen terme, à penser la déconnexion entre infrastructure technique, d’une part, et socle juridique et économique de l’audiovisuel français, de l’autre. L’Arcom consacre plusieurs questions bienvenues (n° 23, 24 et 25) au sujet des asymétries réglementaires et à la façon de les résorber. Aller au bout de cette réflexion, et adapter en conséquence le cadre législatif et réglementaire, représente une condition indispensable pour réussir cette déconnexion.

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