L'édito de Philippe Bailly

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C’est en renonçant à l’esprit gaulois qu’on sauvera les médias locaux

Le 22 juin, le groupe EBRA (Le Dauphiné libéré, Le Bien public, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès, L’Est républicain, Le Républicain lorrain, Vosges Matin, L’Alsace et Les Dernières Nouvelles d’Alsace) a annoncé un plan de départs volontaires visant 366 postes. Le 24 juin, la direction de CMA Media informait de la mise en vente de ses neuf chaînes de TNT locales (BFM Lyon, Marseille Provence, Grand Lille, Grand Littoral, Dici, Toulon Var, Nice Côte d’Azur, Alsace et Normandie).

Pour être les derniers en date, ces développements s’inscrivent dans une trajectoire déjà ancienne, d’affaiblissement progressif de l’économie de la PQR, d’une part, d’incapacité à faire vivre une économie viable de la télévision locale privée en France, de l’autre. Et, par voie de conséquence, d’un rôle toujours plus essentiel des médias publics (France 3 et Ici) dans le maintien d’une offre d’information locale. Ce constat pourrait doublement donner à méditer aux responsables politiques, à l’approche des élections présidentielles de 2027, mais au-delà. Au Rassemblement National et à ses alliés qui proposent de réduire l’audiovisuel public à la portion congrue. Mais, plus globalement, aux élus de tous bords, au regard des nombreuses études américaines (de la Medill School de Northwestern University, à l’Université d’Illinois State, à l’Université du Dakota du Nord ou encore au Brennan Center for Justice) qui confirment la corrélation très nette entre création de déserts informationnels locaux et montée de l’abstention lors des élections. 

Réagissant à l’annonce de la mise en vente des chaînes BFM Locales, l’association Locales TV, qui fédère 50 acteurs du secteur, a demandé à l’Arcom de lancer « sans délai une mission d’urgence sur l’avenir des fréquences concernées », et sa coprésidente Aurélie Rousseau en a appelé dans Satellifacts à « une mobilisation politique d’ensemble ». Pour être souhaitable, l’initiative prendrait toute sa force en élargissant la réflexion à l’ensemble du paysage des médias locaux – télévision et PQR, comme radio et pures players digitaux – et à une recherche sans tabou des moyens de le consolider.

Si la situation du budget de l ‘État incite à la prudence sur la création de nouvelles aides, les États Généraux de l’Information (Groupe III) avaient proposé la mise en place d’un dispositif ciblé – donc financièrement maîtrisé – de lutte contre les « déserts informationnels », aidant au maintien de l’emploi de journalistes dans les zones où le financement d’une information de qualité devient très difficile.   

S’agissant des conditions posées aux détenteurs de fréquences TV et/ou radio, l’Arcom pourrait aussi réexaminer les limites qu’elle a posées historiquement (et avant elle le CSA) aux synergies entre rédactions print, TV et radio, afin d’optimiser les coûts et d’aider au maintien des différents supports.

Mais rouvrir des perspectives de développement économiquement sain aux médias locaux suppose aussi, naturellement, d’agir du côté des recettes.

Et que les acteurs français sachent enfin réunir leurs forces, en pensant large les alliances qui pourraient en découler : alors que Google et Meta sont unanimement désignés comme les premiers bénéficiaires des transferts sur les marchés publicitaires locaux, examiner par exemple les possibilités d’offres à grande échelle associant médias locaux et spécialistes de la data au niveau local, par exemple Solocal.

Renoncer aux divisions, et au raisonnement malthusien qui en découle, est tout aussi indispensable, sans doute, pour inverser le mouvement de vases communicants ou, au moins, stabiliser les positions. Sur le sujet des secteurs interdits, et de l’autorisation pour les distributeurs de promouvoir leurs offres promotionnelles à la télévision, ou sur la possibilité pour cette dernière, de tirer pleinement parti des possibilités de géolocalisation intégrées à la TVS, notamment, les tactiques de blocage l’ont jusque-là toujours emporté sur la recherche de collaborations créatrices de valeur partagée.

Gageons qu’examiner et mettre en œuvre certaines de ces possibilités (collaboration sur la régie des offres locales, création de produits commerciaux communs, enrichissement des fichiers…) aideraient à faire reculer les géants du numérique. Là où l’esprit gaulois a fait en sorte jusque-là de faciliter leur marche en avant.