L'édito de Philippe Bailly

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Economie des médias : refuser la tentation du « chacun pour soi »

Ce 14 octobre, l’Alliance de la Presse d’Information Politique et Générale (APIG) a reçu sept candidats à l’élection présidentielle (Gabriel Attal, Boris Vallaud, pour Raphaël Glucksmann, Bruno Retailleau, Manuel Bompard, pour Jean-Luc Mélenchon, Philippe Ballard, pour Marine Le Pen, et Edouard Philippe) et présenté à cette occasion son manifeste « Le droit d’être informé ». L’une de ses neuf propositions est « d’Orienter la ressource publicitaire vers le financement de l’information » ; on a déjà évoqué le fléchage vers la seule presse IPG qui est supposé y correspondre, et le détournement qu’il représente de l’esprit des Etats Généraux de l’Information.

Le même jour, la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale a proposé d’augmenter de 10 M€ les ressources de France Médias Monde, pour 2027, et de creuser encore – de -47 M€ à -57 M€ – la baisse des crédits de France Télévisions.

On sait pourtant depuis le sapeur Camember que boucher des trous en en creusant de nouveaux n’est pas la solution la plus efficace…

Et l’on en revient au contexte de la discussion budgétaire, et aux décisions qu’il faudrait éviter pour – a minima – ne pas aggraver la crise.

L’économie des médias repose sur trois piliers : financements publics, publicité, et montants acquittés par l’utilisateur final (abonné à la presse écrite ou à des services de télévision payante).

Qu’une forme d’union sacrée se fasse parmi les parlementaires pour maintenir en 2027 le niveau des aides à la presse et les concours à l’audiovisuel public, donnerait une traduction concrète à la façon dont tous, ou presque, soulignent l’indispensable contribution des médias d’information au bon fonctionnement de la démocratie. A la veille du rendez-vous majeur que représente l’élection présidentielle particulièrement. Et avec la possibilité d’un engagement complémentaire à ce qu’une trajectoire pluriannuelle de contribution publique aux médias d’information et de création soit établie au début de ce nouveau quinquennat.

S’agissant des revenus d’abonnements, l’une des propositions du groupe 3 des Etats Généraux de l’Information visait à faciliter le transfert, vers le numérique, des abonnements à la version papier des titres de presse. Elle complèterait avantageusement la réflexion précédente. Mais à très court terme, espérons surtout que le vote en séance de l’Assemblée nationale prolongera celui de la Commission des Finances, pour refuser le passage de 10 % à 20 % du taux de TVA applicable à la télévision payante. Pour éviter à Canal+ et aux autres acteurs du secteur de devoir choisir entre Charybde (répercuter la hausse dans les tarifs, perdre des abonnés, et perdre du chiffre d’affaires) et Scylla (maintenir des prix inchangés et réduire la marge, au risque de déséquilibrer les comptes).

Sur le troisième pilier, la publicité, l’adoption au Sénat de la Proposition de loi Lafon sur la modernisation de la radio dessine une trajectoire qui mérite d’être saluée et prolongée : l’allègement des mentions légales, dans le cas d’espèce. D’autres quick wins sont possibles. Par exemple sur la troisième coupure dans les films et œuvres audiovisuelles de longue durée. Il est souhaitable, surtout, de s’attacher à démentir les conclusions – alarmantes – de l’étude que la DGMIC et l’Arcom avaient publiée début 2024 à propos des dynamiques du marché publicitaire. Et pour cela d’ouvrir au début du prochain quinquennat une concertation globale et sans tabou sur les moyens d’accroître la valeur globale de la publicité investie sur les médias d’information et de création. En traitant le sujet de sa répartition dans un deuxième temps, plutôt que d’en faire un préalable, et en intégrant l’aménagement souhaitable de la Loi Sapin.

Eviter que le secteur s’enfonce dans la crise en 2027, et s’attacher à en dessiner une trajectoire plus dynamique lorsque la présidentielle sera passée. Le pire n’est jamais sûr, à condition de s’attacher à développer les forces centripètes, plutôt que de s’abandonner aux tentations centrifuges.