Le rapport annuel du CNC sur la production cinématographique est un document attendu qui livre chaque année une mine d’informations sur le fonctionnement de l’économie du cinéma en France. Ce rapport permet notamment de connaître l’évolution annuelle de la répartition des investissements dans la production cinématographique française. La part des diffuseurs (chaînes TV et SMAD), les investissements publics et ceux des producteurs permettent ainsi de donner un baromètre de la santé du cinéma français. Le nombre de films agréés ainsi que le devis et le coût définitif des films français sont également des éléments riches d’enseignements. Si nous avions constaté l’année dernière dans notre étude consacrée au rapport 2024 que l’ensemble des voyants étaient au vert, l’année 2025 est pour sa part probablement un peu plus décevante sans être alarmante. Plusieurs critères sont à la baisse sur l’année 2025 mais la plupart de ces baisses ne semblent pas résulter d’une tendance. Au surplus, comme le souligne le CNC, l’année 2025 est une année de transition, notamment en matière de financement de deux gros investisseurs (l’un historique Canal+, l’autre en devenir Disney+) qui ont chacun signé un nouvel accord avec le cinéma français au cours de l’exercice. Si l’engagement de Canal+ (auquel il faut ajouter OCS Ciné+) est à la baisse, l’accord de Disney+ est une première pour ce diffuseur qui s’est engagé à investir massivement pour pouvoir proposer plus tôt (9 mois) des œuvres cinématographiques. Les effets de ces contrats ne sont pas encore pleinement visibles en 2025, il faudra donc encore attendre un ou deux ans pour en percevoir les effets concrets sur la production cinématographique française. Ceci étant dit, la production cinématographique française se porte bien en 2025 malgré quelques baisses constatées de-ci de-là. Quelques points noirs, qui appelleront probablement de futures réformes, peuvent néanmoins être relevés.
Baisse du nombre de films (-19), du devis moyen (-3,9 %) et du montant total des investissements (-4,8 %)
Les investissements dans la production cinématographique agréée sont en baisse de 4,8 %, passant de 1,443 Md€ en 2024 à 1,375 Md€ en 2025. La baisse n’est que de 1,8 % en euros constants depuis l’avant crise COVID. Les apports français sont en baisse de 7,5 % par rapport à 2024 et les apports étrangers sont eux en hausse de 7 % par rapport à la même période.
Après avoir atteint un pic en 2024 (hors 2021, année de rattrapage après la principale année de crise COVID), le nombre de films agréés par le CNC passe de 309 à 290, dont 228 films d’initiative française contre 231 en 2024[1]. La baisse est donc plus notable pour les films agréés où les producteurs français sont minoritaires (de 78 films en 2024 à 62 films en 2025). Ces baisses ne semblent néanmoins pas révélatrices d’une tendance mais paraissent plus empiriques. La moyenne 2016-2019 était de 296 films par an. Hors années COVID (2020, 2021 et 2022), on note que le nombre de coproductions avec l’étranger est en hausse : 121 films en 2023, 130 en 2024 et 137 en 2025. Près d’un film sur deux (47,2 %) est une coproduction avec l’étranger. Entre 2016 et 2019, le nombre de coproductions était de 120 films en moyenne, la hausse est donc notable après les années COVID. La Belgique, avec 38 films, a été de loin le premier partenaire des producteurs français.
Le devis moyen des films d’initiative française est également en baisse, de 5,09 M€ en 2024 à 4,89 M€ en 2025. Là encore cette baisse ne semble pas marquer une tendance mais est due selon le CNC à une absence de films à très gros budget en 2025. Pour preuve, le devis moyen pour les films de moins de 20 millions d’euros et plus est pour sa part en hausse en 2025, passant de 4,18 à 4,55 millions d’euros, soit à son plus haut depuis 2010. La tendance est clairement à la hausse depuis 2020 (v. p. 8 du rapport).
Pour ce qui est de la répartition par budget des films d’initiative française, 25,4 % de la production en 2025 a disposé d’un devis de 7 M€ ou plus contre 21,7 % en 2024 et 15,5 % en 2023. La part de films du milieu (entre 4 et 7 M€ de budget) est de nouveau en baisse : 23,8 % en 2023, 16,9 % en 2024 et 14,9 % en 2025, au plus bas depuis 2015, ce qui pourrait créer des inquiétudes pour le financement de ces films comme il y a une vingtaine d’années. Les films entre 1 et 4 M€ sont également en baisse par rapport à 2023 et 2024 mais leur part reste supérieure à celle d’avant crise COVID. La part des films dont le budget est de moins de 1 M€ (24,1 % du total) est stable par rapport à 2024 et en nette hausse par rapport à 2023, mais leur part est inférieure à celle de la période d’avant crise COVID.
Plus de films d’animation ; moins de fiction et de documentaire
En matière de production par genre, 16 films d’animation d’initiative française ont été agréés en 2025 contre 9 en 2024, soit un plus haut historique. La moyenne d’avant crise COVID était de 6,25 films par an entre 2016 et 2019. Pour autant, le devis moyen de ces films est en forte baisse de 44,4 % (8,12 M€) par rapport à 2024 et en deçà de la moyenne de la décennie (8,65 M€). Rappelons que l’année 2024 avait été marquée par la présence de trois films à plus de 20 M€ de budget contre un seul en 2025.
Pour ce qui est du documentaire, 39 films d’initiative française ont été agréés en 2025 contre 42 en 2024 et 33 en 2023. Le devis moyen de ces documentaires en 2025 est dans la moyenne de la décennie. Ce chiffre est inférieur à la moyenne d’avant crise COVID entre 2016 et 2019 (45,5 films par an).
La fiction compte 173 films en 2025 contre 180 en 2024 et 194 en 2023, soit légèrement en-deçà de la moyenne de la décennie. Le devis moyen des films de fiction est en hausse en euros courants par rapport à la période d’avant crise COVID (2017-2019) mais en baisse en euros constants (-6,9 %).
A peu près un quart des films d’initiative française agréés en 2025 ont été réalisés uniquement par des femmes, soit une part stable par rapport à la moyenne de la décennie. Cette part monte à 31,6 % si l’on ajoute les films où au moins une femme est coréalisatrice, soit une tranche haute par rapport aux pourcentages de la décennie. La part monte à 46,2 % pour le documentaire. Le CNC livre enfin une information sur le sujet qui donne le vertige : la différence de budget en 2025 entre un film réalisé par une femme et un film réalisé par un homme est de 43,8 % en défaveur des femmes. Pis, selon le CNC, cet écart se creuse par rapport à 2024 (-39 %) mais surtout par rapport à la moyenne de la décennie (-39,9 %).
Répartition du financement des œuvres d’initiative française
Rôle des diffuseurs – La part des diffuseurs (chaînes TV et SMAD) dans le financement des films d’initiative française est légèrement à la baisse en 2025 par rapport à 2024 que cela soit en pourcentage de la répartition du financement (32,5 % en 1025 contre 35 % en 2024)[2] et en apports (411 M€ en 24 et 362,8 M€ en 25). La part des diffuseurs reste sur une tranche haute toutefois au regard de la dernière décennie : en pourcentage (25,4 % en 2016 par exemple) comme en valeur absolue (263 M€ en 2019 à plus de 350 M€ depuis 2023). Bien entendu, cette hausse est due à l’apparition des obligations d’investissement des SMAD internationaux (Netflix, Disney+, Amazon Prime Video…) en France. Cette part des apports des SMAD reste d’ailleurs stable en 2025 par rapport à 2024 à 76 M€. La montée en puissance des obligations de Disney+, après son accord avec le cinéma français du début 2025, devrait contribuer à augmenter les apports des SMAD.
La baisse de 50 M€ constatée entre 2024 et 2025 provient principalement des chaînes privées gratuites (- 26,7 M€ avec des baisses de 33 % et 26,9 % pour TF1 et M6) et des chaînes payantes (-24 M€ du fait du nouvel accord moins disant pour le cinéma signé par Canal+ en 2025). Malgré cette baisse, Canal + reste en valeur le premier financeur du cinéma français avec 134,7 M€ investis en 2025 auxquels il faut ajouter 20,9 M€ de Ciné+ OCS. Les apports des chaînes publiques sont eux en hausse de 2,2 M€ par rapport à 2024. Les différentes baisses de budget imposées à France Télévisions entraîneront probablement une baisse des investissements dans le cinéma en 2026.
Il est intéressant de noter que les apports des chaînes payantes étaient de 177,75 M€ par an en moyenne entre 2016 et 2019 et sont aujourd’hui « seulement » en baisse de 15,95 M€ (euros courants) en 2025 par rapport à cette moyenne. La baisse est plus franche si l’on regarde le pic du succès des chaînes payantes au début des années 2010 où ces chaînes investissaient autour de 200 M€ par an dans le cinéma. Dans le même temps, cette baisse a largement été compensée par les apports des SMAD dans le cinéma, qui sont passés de zéro euro entre 2016 et 2020 à 76 M€ en 2024 et 2025. 21 % des apports des diffuseurs viennent aujourd’hui des SMAD (18,6 % en 2024) contre zéro avant 2021. Les SMAD ont acheté les droits de diffusion de 54 films en 2025 (dont 48 rien que pour Netflix et Disney+) contre 45 en 2024. Ajoutons qu’un film sur deux acheté par un SMAD l’est sans première diffusion sur une chaîne payante de cinéma.
On notera en complément que le nombre de films d’initiative française financés par les diffuseurs est encore une fois en baisse en 2025 : 187 films en 2023, 171 films en 2024 et 156 films en 2025. Plus de 68 % des films d’initiative française ont bénéficié d’un apport de diffuseur en 2025. Presque la moitié des œuvres n’ayant pas d’apport de diffuseurs sont des documentaires. En toute logique, la baisse du nombre de films financés implique une hausse de l’apport moyen : 2,33 M€ en moyenne par film, soit le deuxième niveau le plus haut de la décennie après 2024 (1,72 M€ en 2019).
Par ailleurs, plusieurs diffuseurs n’hésitent plus aujourd’hui à préacheter les droits d’une même œuvre. Le rapport du CNC note également que différents SMAD ont acheté 8 films en commun en 2025.
Rôle des autres financeurs – Le rapport du CNC note une baisse en pourcentage du soutien public (soutiens automatique et sélectif du CNC et aides régionales) qui passe de 7,6 % en 2024 à 6,7 % en 2025. Entre 2016 et 2019, la moyenne annuelle était de 8,27 %. Le CNC constate une baisse importante des aides régionales entre 2024 et 2025 (-13,4 %) et une baisse de la mobilisation du soutien automatique du CNC par les producteurs (au plus bas sur 20 ans)[3].
Les investissements des producteurs français sont, en pourcentage, relativement stables depuis 2016 à 37,4 % en 2025. Le CNC constate par contre une reprise importante des minimums garantis (+2,2 points en un an, passant de 10,4 % en 2024 à 12,6 % en 2025). Ces minimums sont apportés par les distributeurs salles, les éditeurs vidéos et les exportateurs. 192 films ont bénéficié de ces minimums en 2025, soit davantage de films que la moyenne 2016-2019. 84,2 % des œuvres d’initiative française ont bénéficié d’un minimum garanti en 2025 (dont 100 % des films du milieu entre 4 et 7 M€ de budget), soit un plus haut historique selon le CNC. L’investissement moyen en minimum garanti par film est en hausse de 13,5 % par rapport à 2024 et retrouve le niveau de 2017-2019 à 759 400 euros en moyenne par film en 2025.
L’apport des crédits d’impôt constaté sur le devis définitif des œuvres est de 134,4 M€ contre 151,1 M€ en 2024. Ces montants restent bien plus hauts que ceux constatés entre 2016 et 2019 : 104,2 M€ en moyenne. Les apports des SOFICA sont également en baisse par rapport à 2024 (de 31,9 M€ à 29,2 M€) et par rapport à la moyenne constatée entre 2016 et 2019 : 34,2 M€ de moyenne. Le CNC précise également en citant une étude de l’Observatoire européen de l’audiovisuel[4] que, sur devis définitif, la part de soutiens publics (12,7 %) et des crédits d’impôt (14,8 %) est de 27,5 % en France en 2025, ce qui est bien inférieur à la moyenne européenne (47 %) pour les films sortis en salles en 2023.
Jours de tournage en France et à l’étranger – Le nombre de jours de tournage en extérieur en France est stable par rapport à 2024 (3 971 jours) mais en baisse par rapport à la moyenne 2016-2019 (4 476 jours). Le nombre de jours de tournage en studio en France atteint par contre un niveau très bas à 208 jours (au plus bas depuis 2015) contre 316 jours en 2024 et 332 jours en 2023. Le nombre de jours de tournage à l’étranger pour les films d’initiative française est lui en baisse à 1 386 jours en 2025 contre 1 449 jours en 2024 et 1 524 jours en 2018. Le dynamisme de notre crédit d’impôt cinéma y est probablement pour quelque chose.
Focus sur les dépenses des films d’initiative française
Le rapport du CNC publie pour finir un détail intéressant de la répartition des dépenses constatées en moyenne sur le coût définitif d’un film en 2025 (v. capture d’écran ci-dessous). On y apprend que 60 % du coût d’un film est représenté par les rémunérations (personnel, interprétation, droits artistiques et charges sociales). L’interprétation ne représente que 9,2 % du coût d’un film en 2025. On notera que les frais de personnel sont en baisse en 2025 par rapport à 2024 mais en hausse par rapport à la moyenne 2016-2019.

| Les points noirs méritant réflexion : – Faible nombre de femmes à la réalisation. – Faiblesse des budgets des œuvres réalisées par des femmes.Peu d’implication des diffuseurs dans les films de moins de 1 M€ de budget. – Difficulté du documentaire à mobiliser les diffuseurs lors de la phase de financement. – Baisse (en pourcentage) du nombre de films du milieu (4 à 7 M€ de budget) par rapport aux autres films. A surveiller : – Evolution de la place de France Télévisions dans le financement du cinéma suite aux baisses de budgets successives. – Evolution du nombre de films à moins d’1 M€ de budget. – Evolution des aides régionales au cinéma. – Evolution de la place des chaînes privées gratuites dans le financement du cinéma. – Evolution des jours de tournage en studio en France. |
[1] Le nombre de films ayant reçu l’agrément de production (agrément obtenu après la sortie du film) est également en baisse, passant de 233 films en 2024 à 2016 en 2025.
[2] Sur les devis définitifs des films obtenus en 2025, la part des diffuseurs atteint 36,4 %, soit un plus haut historique depuis l’étude de cette statistique en 2012 (v. p. 27 du rapport CNC). Pour les films du milieu (entre 4 et 7 millions de budget), cet apport monte à 37 % du coût du film.
[3] L’analyse du coût définitif des films d’initiative française (v. p. 26 du rapport) laisse également apparaître une baisse des aides publiques entre 2024 et 2025 (-23 millions d’euros à 114,9 millions), mais le niveau d’aides publiques reste supérieur à celui constaté entre 2016 et 2019 (110,97 millions d’euros).
[4] https://rm.coe.int/fiction-film-financing-in-europe-films-released-in-2023-february-2026-/48802abc34 (v. p. 50 de ce rapport)
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