Depuis l’été 2025, Disney+ a signé des accords structurants avec six groupes audiovisuels dans cinq pays européens (ITV, ZDF Studios, Atresmedia, RTVE, SIC, RAI), couvrant des modalités distinctes : licence de catalogue, distribution croisée, diffusion simultanée et rattrapage J+1. Pour la première fois en Europe, un diffuseur public (la RTVE) a même accepté de rendre ses émissions disponibles sur une plateforme SVoD payante le lendemain de leur diffusion linéaire. Le premier intérêt pour Disney+ est bien sûr celui d’un enrichissement des catalogues locaux pour un coût marginal réduit, inférieur et moins risqué que celui lié à des commandes de fictions originales. Du côté des diffuseurs partenaires, la proposition de valeur est plus défensive qu’offensive : allongement de la durée de vie des contenus, accès à une audience plus jeune, surtout recettes de licence immédiates. Mais ces accords redessinent les rapports de force, Disney+ se constituant progressivement en super-agrégateur de contenus locaux européens, au détriment des plateformes BVoD des groupes audiovisuels.
[1] La RTVE est régulièrement critiquée pour ses pratiques commerciales sur le fil du rasoir par rapport à une loi trop ambigüe. La loi « General de la Comunicación Audiovisual » a été modifiée en juillet 2022 (LFCRTVE – Ley de financiación de la Corporación de Radio y Televisión Española) afin de réviser le modèle de financement du service public, permettant un timide retour de la publicité sur les antennes linéaires sous la forme de parrainage, de placements de produits, d’annonces caritatives ou d’intérêt public, d’espaces promotionnels pour la culture européenne.
A la suite à cette révision RTVE s’est montrée beaucoup plus offensive commercialement, notamment autour de sa plateforme numérique RTVE Play, obligeant le régulateur, la CNMC à un recadrage. Dans une décision du 14 mai 2025, la CNMC a conclu que le service de streaming du radiodiffuseur public ne pouvait pas diffuser de publicité commerciale. La CNMC est catégorique : ni la loi de financement de RTVE ni la loi générale sur la communication audiovisuelle ne font de distinction entre les différents formats de diffusion. Par conséquent, les limitations en matière de publicité s’appliquent aussi bien aux contenus en direct qu’au streaming.
L’UTECA s’attaque également aux droits sportifs de la RTVE et vient de décider à la fin du mois de mars de mettre en demeure le groupe audiovisuel public de cesser la vente d’espaces publicitaires autour de la Coupe du monde de football aux États-Unis, arguant que cette pratique est illégale et constitue un acte de concurrence déloyale. L’UTECA exhorte la RTVE à se conformer à la loi sur le financement et à limiter son offre commerciale exclusivement aux sponsors officiels inclus dans les droits de diffusion acquis. Elle avertit le diffuseur public qu’elle engagera des poursuites judiciaires si la RTVE ne retire pas sa proposition commerciale et ne résilie pas les accords déjà signés au-delà des sponsors officiels du tournoi. L’UTECA se base sur l’article 7.2.b de la loi de financement de 2009 qui n’autorise la commercialisation de la publicité pour les contenus sportifs que si un accord de parrainage est intégré à la source ou s’il s’agit d’autres formes de communication commerciale liées à ces parrainages.
