En vingt-cinq ans, la révolution numérique a bouleversé notre façon de nous informer, de créer, de nous divertir et, finalement, de vivre ensemble. Après avoir connecté les individus, un défi plus complexe nous attend : apprendre à mieux vivre ensemble dans le numérique.
Les médias et les industries créatives ont ici un rôle essentiel. Films, séries, musique, information, jeux vidéo, podcasts ou contenus de créateurs ne produisent pas seulement de l’audience : ils façonnent des représentations, suscitent des émotions, créent des conversations et fédèrent des communautés. La culture est une fabrique du commun. Elle nous permet de regarder le monde avec les yeux d’un autre et peut, à l’heure des bulles algorithmiques et de la polarisation, devenir une véritable technologie de l’empathie.
Cette puissance donne aux médias un rôle nouveau. Un film ou un programme ne s’arrête plus à sa diffusion : il vit sur les réseaux sociaux, génère des communautés, des échanges et parfois des affrontements. Les médias deviennent ainsi des architectes d’espaces relationnels et, à ce titre, des acteurs clés du bien-être numérique.
Le bien-être numérique ne signifie d’ailleurs pas nécessairement moins de numérique, mais un numérique de meilleure qualité. Toutes les minutes passées devant un écran ne se valent pas : regarder un film en famille, découvrir un artiste, s’informer ou échanger autour d’une œuvre n’équivaut pas à subir un flux de contenus anxiogènes ou haineux.
C’est précisément la vocation de Respect Zone : transformer le respect numérique en outils concrets et accessibles aux entreprises comme aux populations. Depuis 2014, l’association développe chartes et labels, formations, sensibilisation, prévention, médiation, Respectduels et démarches de respect by design. L’objectif est d’outiller entreprises, collaborateurs, créateurs, éducateurs, jeunes et familles afin que le respect ne reste pas une injonction, mais devienne une compétence culturelle partagée.
La culture constitue à cet égard un formidable vecteur. Une fiction, un personnage, un jeu ou une émission peuvent transmettre l’empathie, montrer les conséquences d’une humiliation ou apprendre à désamorcer un conflit avec une puissance que ne possède pas toujours un règlement.
Cette ambition appelle surtout une nouvelle alliance entre médias et société civile. Associations, chercheurs, éducateurs et acteurs de terrain connaissent les usages et les vulnérabilités des publics ; les médias disposent de la puissance des récits, de la création et de la diffusion. Respect Zone peut constituer un trait d’union entre ces deux univers.
Cette relation dépasse désormais le mécénat ou la RSE. Elle relève de la co-construction : concevoir des outils, accompagner les communautés, former les créateurs, protéger les jeunes publics et anticiper le cyberharcèlement, les deepfakes ou les nouveaux enjeux liés à l’intelligence artificielle.
Pour les groupes de médias, ces partenariats avec la société civile peuvent aussi devenir des leviers d’innovation, de confiance et de développement. Dans un monde où l’IA rendra les contenus toujours plus abondants, ce qui deviendra rare aura davantage de valeur : la confiance, la qualité de la relation et le sentiment d’appartenance.
C’est tout le sens du respect by design : intégrer le respect dès la conception des contenus, des services et des communautés plutôt que réparer après l’incident.
Nous savons mesurer l’audience et l’engagement. Il nous faut désormais apprendre à mesurer aussi l’habitabilité numérique. Car nous n’utilisons plus seulement le numérique : nous l’habitons.
Le droit peut réguler, la technologie protéger et les plateformes modérer. Mais la culture possède un pouvoir supplémentaire : celui de créer du commun et de donner envie de faire société. Aux médias et à la société civile, ensemble, de transformer ce pouvoir en une culture du respect numérique.
Philippe Coen
Président-fondateur de Respect Zone
