L'édito de Philippe Bailly

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Lutte contre la désinformation, transition numérique, accès à l’information : le gouvernement britannique lance une consultation d’envergure sur l’avenir de ses médias

Le gouvernement britannique, par l’intermédiaire du Département de la Culture, des Médias et des Sports (DCMS) et de la secrétaire d’État Lisa Nandy, a publié le 23 juin 2026 un livre vert intitulé Watch this Space: A new strategic direction for UK media. Ce document de consultation publique, ouvert jusqu’au 31 août 2026, pose les bases d’une réforme très ambitieuse visant à adapter le système médiatique britannique aux bouleversements technologiques et aux nouveaux usages du public. Il s’articule autour de quatre grands chantiers : la visibilité des sources fiables sur les réseaux sociaux, la modernisation du système de médias de service public service public, la transition vers la télévision par internet, et la protection de l’accès gratuit aux grands événements sportifs.

Une réforme très ambitieuse du système de médias de service public (PSM) pour lutter contre la désinformation et assurer la visibilité des médias fiables sur les plateformes

Le livre vert part du constat que les algorithmes et l’intelligence artificielle qui régissent la distribution des contenus sur les plateformes sociales ne sont soumis à aucune règle de transparence ni d’obligation d’impartialité, contrairement à la télévision traditionnelle. Il en résulte un environnement informationnel dans lequel la désinformation peut se propager librement, au détriment de sources journalistiques rigoureuses et réglementées.

Le gouvernement souhaite moderniser en profondeur le cadre réglementaire des médias de service public, en partant d’une conception élargie de ce que recouvre le PSM. Celui-ci ne se limite pas à la télévision ou à la radio traditionnelles mais désigne l’ensemble des contenus et services produits par des acteurs médiatiques régulés et fiables, programmes télévisés, programmes radio, informations journalistiques, contenus à la demande, podcasts, vidéos en ligne, quel que soit le support ou la plateforme par lesquels ils sont consommés. Parce que les audiences se sont déplacées vers des environnements numériques fragmentés, il ne s’agit plus de protéger un mode de diffusion en particulier, mais de garantir que des contenus de qualité, produits selon des standards éditoriaux rigoureux, restent visibles, accessibles et découvrables partout où le public se trouve.

Plusieurs pistes concrètes sont à l’étude. En premier lieu, assurer la mise en avant (« prominance ») et la découvrabilité des contenus PSM sur toutes les plateformes tierces, sites de partage de vidéos, applications de streaming, réseaux sociaux, afin que les productions des acteurs régulés ne soient pas noyées dans des flux algorithmiques favorisant des contenus non vérifiés. Concrètement, cela pourrait se traduire par la mise en avant prioritaire de contenus de la presse nationale et locale de confiance en tête des résultats de recherche ou des fils d’actualité des utilisateurs. Cette mesure est présentée comme particulièrement cruciale en période de crise ou d’agitation sociale, où la vitesse de propagation de fausses informations est la plus dangereuse.

En second lieu, ouvrir potentiellement la désignation de « fournisseur PSM » à de nouveaux acteurs : d’autres diffuseurs numériques, voire des chaînes YouTube, pourraient à terme être reconnus comme prestataires de service public, à condition de respecter des exigences éditoriales et déontologiques équivalentes à celles des acteurs historiques. Il s’agirait d’une rupture majeure avec un modèle jusqu’ici centré sur un petit nombre de diffuseurs traditionnels tels que la BBC, ITV ou Channel 4.

Le livre vert explore enfin l’idée d’imposer une nouvelle obligation aux acteurs PSM en matière de littératie médiatique (« Media Literacy) : ils devraient concevoir et mettre en œuvre des actions concrètes pour aider le public de tous âges à développer un esprit critique face aux contenus consommés en ligne, et rendre compte publiquement de ces efforts.

La transition vers la télévision par internet (IPTV)

Un deuxième volet majeur du livre vert porte sur l’avenir de la diffusion télévisuelle au Royaume-Uni. Le gouvernement confirme son engagement à maintenir la plateforme numérique terrestre (DTT) jusqu’à au moins la fin de 2034, mais reconnaît la nécessité de préparer dès maintenant une transition vers un modèle entièrement basé sur internet.

Deux calendriers sont soumis à consultation : une transition en 2034 ou en 2044. Bien que le gouvernement juge la première date préférable, il consulte sur les deux options afin de s’assurer que la transition se déroule de manière à ne laisser personne de côté.

Une attention particulière est portée aux personnes les plus vulnérables ou les moins connectées. Le gouvernement s’engage à développer, avec l’industrie, les diffuseurs PSM, les associations caritatives et les opérateurs de plateformes, un ensemble de mesures d’accompagnement comprenant un soutien ciblé, une assistance pratique et une communication claire sur les étapes à suivre. Ce chantier s’inscrit dans un effort plus large de développement de l’infrastructure numérique du pays,

La transition vers l’IPTV est d’ailleurs perçue comme une opportunité de favoriser l’inclusion numérique au sens large, puisque le fait d’équiper les foyers d’une connexion internet pour la télévision pourrait aussi leur faciliter l’accès à des services de santé, bancaires, administratifs et professionnels en ligne.

Le gouvernement prévoit d’annoncer sa décision sur le calendrier retenu avant la fin de l’année 2026.

La protection de l’accès gratuit aux grands événements sportifs

Le livre vert aborde également la question des droits sportifs, dans un contexte où la montée en puissance des plateformes de streaming suscite des inquiétudes sur la multiplication des paywalls pour des événements d’intérêt national.

Le Royaume-Uni dispose d’un régime dit des « Listed Events » (événements protégés), qui garantit aux diffuseurs de service public la possibilité d’acquérir les droits de diffusion en direct de grands événements sportifs (Coupe du monde de la FIFA, Jeux olympiques, Wimbledon, entre autres) à des conditions équitables, afin que le public puisse les regarder gratuitement. Ce régime a par exemple permis à plus de 20 millions de téléspectateurs de suivre la finale de la Coupe du monde 2022 sur la BBC et ITV.

Toutefois, ce cadre ne couvrait jusqu’à présent que les droits de diffusion en direct, et non les droits de rediffusion à la demande ou en streaming différé, qui sont de plus en plus répandus. Le gouvernement annonce donc son intention d’étendre le régime des Listed Events aux droits à la demande (streaming, replay), afin de garantir que ces évènements sportifs restent accessibles gratuitement sur les plateformes numériques et ne puissent pas être captées exclusivement par des services payants.

Des réactions positives de la part de plusieurs acteurs du secteur

Le livre vert a suscité des réactions positives de la part de plusieurs acteurs du secteur. Carolyn McCall, directrice générale d’ITV, souligne la confiance du public dans les contenus PSM et les informations télévisées, et salue une réforme qui devrait permettre aux diffuseurs publics de continuer à servir l’intérêt général dans un paysage numérique en mutation rapide. Vicki Sellick, directrice de la Good Things Foundation, insiste sur l’enjeu d’inclusion numérique et voit dans cette transition une occasion historique de connecter des millions de foyers encore absents d’internet. Azzurra Moores, de Demos, souligne l’importance démocratique de la mesure sur la mise en avant des sources fiables, notant qu’en l’absence de règles sur les plateformes, la confiance dans l’information s’érode et la désinformation se propage sans contrôle.

Ce livre vert marque une étape majeure dans la redéfinition du rôle et du cadre des médias britanniques à l’ère numérique. Il cherche à concilier la protection de l’information de qualité et de la démocratie face à la désinformation, la modernisation d’un système audiovisuel public hérité de l’ère de la radiodiffusion traditionnelle, la gestion équitable et inclusive d’une transition technologique inévitable, et la préservation de l’accès universel et gratuit aux grands événements culturels et sportifs nationaux.

La consultation publique est ouverte jusqu’au 31 août 2026, et le gouvernement prévoit de trancher plusieurs questions clés, notamment sur le calendrier de la transition vers l’internet, avant la fin de l’année.

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