L'édito de Philippe Bailly

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« Le salon des Français est devenu un champ de bataille mondial »

Huit écrans sur dix dans les salons français sont aujourd’hui connectés à Internet. Ce basculement, opéré en une décennie, est le véritable point de départ de la révolution que traverse notre secteur. Il s’avère plus déterminant, à bien des égards, que toute stratégie d’acteur ou toute décision de régulateur. L’histoire des médias s’écrit au rythme des ruptures technologiques ; celle-ci ne fait pas exception, si ce n’est par la rapidité de sa diffusion.

Car ce n’est pas seulement un écran qui s’est modernisé : c’est tout le rapport aux contenus qui s’est inversé. La consommation linéaire, qui représentait encore 80 % de nos usages vidéo il y a dix ans, est tombée à 20 %. Le foyer n’accède plus à une offre organisée par des diffuseurs et un plan de service figé à l’avance, il navigue dans un univers d’applications où chacun compose son propre menu. De la consommation de masse, nous sommes passés à l’hyperpersonnalisation.

Cette mutation a une conséquence directe en matière de concurrence : la disparition des barrières à l’entrée qui protégeaient historiquement nos marchés. Le salon des Français est devenu un champ de bataille mondial, avec des acteurs dont les moyens surpassent de loin ceux de nos groupes médias, et cette ouverture s’est paradoxalement traduite, pour les diffuseurs nationaux, par un rétrécissement de l’accès à leur propre public.

J’en suis convaincu, notre création et nos talents sont des forces auxquelles les Français sont profondément attachés. Nos programmes continuent chaque jour de rencontrer un succès massif auprès du public, en linéaire comme en streaming.

Mais la découvrabilité de nos programmes, leur capacité à rencontrer les Français, dépend désormais d’intermédiaires technologiques qui arbitrent en fonction de leurs intérêts propres. Les systèmes d’exploitation des téléviseurs connectés installent de nouvelles dépendances sur l’ensemble de la chaîne de valeur, captent une part croissante de la donnée et des revenus, et fragilisent d’autant les modèles économiques des acteurs locaux.

Face à ce mouvement tectonique, la régulation peine à suivre le rythme, jusqu’à la situation ubuesque dans laquelle le cadre réglementaire favorise structurellement de nouveaux entrants qui privilégient la propagation de contenus à bas coûts, quand les acteurs historiques sont seuls, ou presque, pour porter le financement de la création et d’une information de qualité, accessible à tous.

L’enjeu est alors dans les stratégies de distribution, et il passe notamment par des alliances entre les acteurs qui investissent dans la création locale de qualité. L’arrivée des contenus de TF1+ et de nos chaînes en clair sur Netflix en est l’illustration la plus concrète.

Une chose est sûre : notre avenir passera par l’innovation et par la capacité à embrasser le changement pour identifier de nouveaux terrains de conquête et inventer de nouvelles formes de monétisation. Chaque bascule technologique crée son lot d’opportunités, et c’est le cas aujourd’hui au plan publicitaire : la relation aux annonceurs s’est entièrement digitalisée, élargissant considérablement le champ des prospects possibles. Nous pouvons désormais proposer nos offres à toutes les PME françaises, qui aujourd’hui concentrent l’essentiel de leurs investissements chez Meta et Google.

Alors que nos groupes se transforment pour intégrer ces enjeux, une deuxième vague technologique est déjà là : l’intelligence artificielle. Nous savons qu’elle agira comme un formidable accélérateur des transformations en cours. Typologie des contenus, personnalisation, recommandation, disruption publicitaire : l’ensemble de nos modèles devra s’adapter, une nouvelle fois, et plus vite encore. Il nous faudra faire des choix forts : saisir les opportunités tout en défendant nos droits et notre exception culturelle.

La capacité des acteurs locaux à prendre ces vagues sera déterminante pour leur propre pérennité, mais aussi pour notre pays, sa culture et sa souveraineté informationnelle. Comptez sur TF1 pour ne pas les regarder passer, et rendez-vous au prochain anniversaire de NPA.

Rodolphe Belmer

Président-directeur général du Groupe TF1, Président de La Filière Audiovisuelle (LaFA)

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