L'édito de Philippe Bailly

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« Préserver la souveraineté de l’information »

Fin juillet 2026, les journalistes étaient sur le terrain pour couvrir les incendies du Var et des Landes, à vérifier les faits et relayer les consignes aux populations. Cette présence rappelle une réalité simple : l’information professionnelle repose sur des moyens humains. Dans les moments de crise, cette capacité d’intervention est un service vital.

Elle n’a pourtant rien d’acquis.

Produire de l’information professionnelle coûte cher, et ce coût est difficilement compressible : l’Arcom évalue à 2,9 Mds€ l’investissement consacré en 2024 à l’information politique et générale en France.

Ces moyens qui restent largement invisibles en temps ordinaire deviennent apparents quand une rédaction bascule pendant plusieurs jours en édition spéciale. Cette capacité de mobilisation ne se décrète pas au moment de la crise : elle se finance toute l’année.

Mais dans le même temps, les ressources se dérobent : la part des médias traditionnels dans les investissements publicitaires est passée de 46 % à 33 % en 5 ans.

L’impact est tangible : des télévisions locales cessent d’émettre, le réseau de diffusion de la presse se rétracte, le nombre de journalistes recule, les plans d’économies se multiplient, avec le risque de voir apparaître de véritables déserts informationnels.

La bascule de l’IA

En se posant en porte d’entrée unique de l’univers numérique, les assistants d’intelligence artificielle réorganisent encore plus la distribution de l’attention. Hier, une plateforme intermédiait l’accès à un article et renvoyait, au moins, un lecteur. Demain, la réponse sera synthétisée, servie directement, et la visite n’aura plus lieu. La valeur produite par les rédactions continue de circuler ; le lien économique, lui, est rompu.

L’effet est déjà mesurable dans les usages. Près de 40 % des Français consultent désormais des sites d’information générés par intelligence artificielle. Mais 35 % seulement déclarent faire confiance à la plupart des informations. C’est là le paradoxe de l’acte II : un système qui pille et assèche ce dont il se nourrit n’est pas soutenable. 

Les modèles génératifs ne produisent pas d’information primaire : ils recombinent et proposent sans autorisation celle que d’autres ont produit. Affaiblir les sources, c’est appauvrir les modèles eux-mêmes, et transformer l’hallucination en régime par défaut.

Une souveraineté vitale

Dans ce contexte, disposer de médias nationaux, identifiables et responsables n’est pas un simple enjeu de puissance mais un moyen de défense et une condition de la démocratie. L’action publique doit s’articuler autour de trois priorités.  

Rémunérer la valeur. Le droit voisin doit devenir effectif pour toutes les plateformes, fournisseurs d’IA compris : au législateur de poser ce cadre sans attendre, en inversant la charge de la preuve. Les règles publicitaires doivent être modernisées afin de corriger les asymétries et une part des budgets des annonceurs nationaux fléchée vers les médias d’information. Le financement de l’audiovisuel public doit être clarifié, la place de la publicité repensée pour ne pas fragiliser les acteurs privés.

Garantir l’accès et la visibilité. La diffusion hertzienne est une infrastructure d’intérêt général, gratuite et résiliente, dont le modèle doit rester soutenable pour la télévision et la radio : équilibre entre les obligations et les coûts de diffusion. Chaînes et radios gratuites doivent rester accessibles par défaut et au premier rang sur les téléviseurs connectés, box, magasins d’applications, etc., sans visibilité préemptée ni signal altéré – comme la presse sur les réseaux sociaux et les plateformes d’IA.

Préserver le travail et la confiance. Les dispositifs publics doivent soutenir les médias selon leur contribution à l’emploi journalistique : derrière chaque reportage, il y a des compétences humaines. La confiance ne s’automatise pas, elle se construit par le travail, la vérification et la responsabilité.

C’est à ces conditions que la souveraineté de l’information sera préservée.

Claire Léost

Directrice Générale de CMA Média

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