« Le cinéma est une invention sans avenir » : ce fut le verdict d’Antoine Lumière après la première projection publique de cinéma en 1895. Prévision heureusement démentie alors que le cinéma a survécu à l’arrivée de la radio, à la télévision, aux mutations des usages comme des technologies, à toutes les révolutions du temps.
La télévision a-t-elle encore un avenir ? En dix ans, la moitié d’une génération à peine, elle a en tout cas connu une triple révolution. Révolution technologique, des réseaux de 5G à l’intelligence artificielle. Révolution des acteurs avec le surgissement des grandes plateformes, des influenceurs, des podcasts ou la restructuration des géants traditionnels du secteur, entre diffuseurs et producteurs. Révolution des usages, enfin, avec la bascule de l’écran du salon à celui du téléphone, et du broadcast au streaming. Cette dernière décennie, la télévision a connu des bascules plus fortes encore que celles du passage à la couleur ou l’irruption du câble. C’est dans ces dix ans qu’elle a vraiment changé de siècle.
A travers ces révolutions, nous avons su conserver nos atouts français. Notre modèle du financement du cinéma et de la création audiovisuelle a été conforté. Nous exportons toujours nos fictions. Le public continue de se rassembler autour d’évènements qui font rayonner le pays. Des champions français de la production ont émergé. Les grands groupes de télévision se sont réinventés. Pour ce qui nous concerne, France Télévisions a déployé une stratégie de streaming first qui nous permet de penser nos contenus d’abord pour notre plateforme, devenue la première de France. Nous continuons d’embarquer, de rassembler, d’éclairer, d’informer, de créer sans cesse un imaginaire qui nous unit.
En France, nous avons le goût – peut-être le talent – pour les Révolutions. Il faut l’audace de rêver grand, la lucidité pour tenir bon, la foi dans l’avenir, le goût des autres, porter aussi une certaine vision du progrès. Ne perdons pas ce génie de la révolution. Nous en aurons besoin. L’acte deux, au théâtre classique, c’est celui où l’intrigue commence vraiment. Nous sommes prêts à inventer, avec nos publics, la télévision d’aujourd’hui et de demain. Elle sera hybridée par l’intelligence artificielle, déployée sur tous les écrans, propre à chacun, riche de découvertes encore inconnues. Mais, une révolution, c’est se retourner pour revenir à soi, à ce qui fait son identité, sa mission, son origine. Ces missions ne changeront jamais : fédérer, éclairer, interroger. Révolutionnons-nous, pour rester nous-mêmes.
Delphine Ernotte
Présidente de France Télévisions, Présidente de l’UER
