L'édito de Philippe Bailly

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« En 2050, le paysage sera fait d’interfaces »

Pendant vingt-cinq ans, la distribution audiovisuelle s’est organisée autour de deux figures successives : les grands groupes de télévision payante, puis les opérateurs télécoms. Le modèle était stable et la question, simple : qui sécurise les meilleurs contenus ? Celui qui détenait les droits tenait l’abonné, et réciproquement. Les audiences se répartissaient entre un nombre déterminé de services, linéaires puis non linéaires.

Cette équation est derrière nous. Les plateformes internationales ont pris le leadership de la consommation non linéaire, et le consommateur accède à une infinité de contenus, payants et gratuits, issus des groupes médias comme de la creator economy. Personne ne fait plus le tri à sa place. La question n’est plus « comment obtenir les meilleurs contenus », mais « comment exister dans un environnement où ils sont tous disponibles ».

Des accords bilatéraux comme réponse à court terme

Côté consommateur, la multiplication des offres se traduit par un empilement d’abonnements au coût cumulé dissuasif. La réaction est déjà visible : retour massif vers le gratuit — succès des BVOD et de YouTube — et recentrage du payant sur quelques plateformes. La bataille ne porte plus sur l’exclusivité d’un catalogue, mais sur la place occupée dans le parcours quotidien du spectateur et la capacité à retenir son attention.

Certains ont répondu par l’alliance avec les plateformes globales : TF1 sur Netflix, France Télévisions puis M6 sur Prime Video. La logique est imparable à court terme — aller chercher l’audience là où elle se trouve. Mais, à long terme, le diffuseur devient un parmi d’autres, dans une interface qu’il ne maîtrise pas, chez un acteur qui est aussi son concurrent.

Le risque, à la fin, est celui du « winner takes all » : qu’une plateforme internationale finisse par dominer le marché, y compris à l’échelle nationale.

L’alternative de l’agrégation

En Grande-Bretagne, les broadcasters ont apporté la brique manquante en s’associant autour de Freely, plateforme commune qui leur permet de conserver la maîtrise du lien avec le consommateur et leur assure l’accès à ses données d’usage.

Netgem a prolongé cette dynamique d’agrégation pour lancer PLEIO, construit autour du triptyque WATCH / STREAM / PLAY : l’ensemble des contenus nationaux, l’accès aux meilleures plateformes internationales et nationales, et l’intégration du cloud gaming (parce que le jeu est devenu le premier des médias en temps passé). Le tout dans une interface unifiée où le consommateur retrouve l’ensemble de ses contenus, organisés par thématique pour être plus facilement accessibles, et avec l’apport de l’IA pour l’assister dans ses choix.

VodafoneThree, premier opérateur fibre et mobile au Royaume-Uni, a choisi PLEIO pour lancer son offre TV sur le marché de la payTV probablement le plus important et le plus compétitif d’Europe.

Des questions pour les 25 prochaines années…

Comment reproduire ces modèles partenariaux ? Freely est né d’une décision collective des diffuseurs britanniques. Rien n’interdit de reproduire l’approche, notamment en France, mais cela suppose un accord stratégique, et de s’entendre notamment sur une brique technologique commune.

Comment intégrer la Creator Economy qui capte une part croissante du temps disponible ? Les FAST channels sont un point d’entrée crédible pour la faire cohabiter, dans une même interface, avec les contenus premium.

Quel rôle pour l’IA ? Dans une Europe multiculturelle, sous-titrage, doublage, versionnage restent des barrières économiques ; c’est là que l’IA change l’échelle, en rendant rentable la circulation d’œuvres qui ne l’était pas. Elle aide aussi le spectateur dans ses choix et sa navigation, augmentant le temps effectivement passé à visionner des programmes, et réduisant d’autant la frustration qui prévaut parfois aujourd’hui.

En 2001, nous parlions de nouveaux paysages audiovisuels. En 2050, le paysage sera fait d’interfaces. Reste à savoir qui les dessinera — et si l’Europe sera toujours un espace d’innovation et de création.

Mathias Hautefort

Directeur général du groupe Netgem et Président du SEVAD

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